Partager créations, expériences et réflexions.
Cet outil de communication ouvre des portes innombrables sur le monde, par delà les frontières et les lois implicites ou explicites des hommes, portes ouvertes sur la culture, les autres, portes ouvertes sur tous les fantasmes et les manipulations. Internet engendre des communications improbables, des espoirs, des peurs. Nous le savons tous.
Au regard de quelques expériences entendues de ci de là, je me pose des questions.
Une jeune adolescente rencontre un amoureux de 20 ans sur msn et malgré les préventions et les efforts des parents continue d'entretenir cette relation virtuelle par tous les moyens avec la complicité de ce jeune homme ; au père de la jeune fille intervenant dans cet échange douteux, il répond l'aimer sincèrement, qu'il ne s'était pas rendu compte qu'elle n'avait que ... 11 ans.
Cette femme évacuant toutes ses angoisses dans des jeux de rôle prend des décisions dans sa vie réelle alors qu'elle n'a pas été confrontée à la réalité concrète de ce qu'elle pense désormais sien.
Cet enfant prit par des jeux de rôle ou de réseau qui se lève la nuit pour passer des coups de fil surtaxés en vue d'acquérir de la monnaie virtuelle et gagner des options dans ces jeux entrainant des frais inconsidérés à ses parents mis sur le fait accompli, sans recours.
Ces querelles et ces amours virtuelles rarement constructives ou porteuses de bien des désillusions, des drames. Internet crée et entretient des liens par les discussions en direct, les caméras, les forums, les blogs, les jeux avec tous les possibles des relations humaines, le meilleur et le pire.
Un trouble m'étreint.
Ce que je mets ici, je l'offre dans les buts de garder le lien avec certains, de partager une expérience incroyable, d'aider ceux qui y trouveraient un petit rien accrocheur, d'informer également et décaler le regard de quelques millimètres, de participer à une réflexion générale sur la condition et la communauté humaine, très modestement, évidemment. Néanmoins, ne suis- je pas imprudente de parler de moi, de mes proches, de ma vie, de me montrer, de m'exposer ? Je deviens visible et aussi restreint soit le cercle, tout reste ouvert, constamment, la seule barrière étant mon écran. Il parait me protéger des autres et de moi- même. Qui veut s'en prendre à moi, où qu'il soit le pourra et en face à face, il n'y aura plus d'écran, ni dans les émotions, ni dans les sentiments, quels qu'ils soient.
Pourtant, suivant ce fil de pensées tourmentées, je me suis souvenue de certains épisodes de ma vie où l'Internet n'avait aucune place. Je fuyais un homme violent et me protégeait avec tous les anonymats en ma possession, il m'a retrouvée à plusieurs reprises, je vogue sur une mer capricieuse dans ce domaine car quand je me crois enfin en sécurité, il réapparait sans que je puisse y faire quoi que ce soit ; nous nous étions rencontrés bêtement alors qu'il avait numéroté au hasard sur son téléphone un soir d'ennui... puis l'engrenage de la manipulation et du mensonge a fait le reste.
Sur Internet ou partout ailleurs, nous nous exposons, vivre est une exposition. Les transparents sont malheureux et désespérés en quête d'une reconnaissance, d'un lien à l'autre pour se sentir exister enfin.
Avons- nous peur de donner nos coordonnées en public dans les administrations ou les magasins? Avons- nous peur de parler à des passants, des rencontres inattendues ? Craignons- nous d'aller toujours aux mêmes endroits, de prendre des habitudes, de créer des liens avec des interlocuteurs coutumiers ? Craignons- nous de mettre nos noms sur les sonneries, boite aux lettres, annuaire, bureau, vêtements de travail, affaires publiques ou privées, de remplir des bons de commande, de donner des chèques avec notre adresse ou une pièce d'identité ? Cloisons- nous nos enfants de peur qu'ils ne soient vus de tordus ? Cachons- nous nos jolies filles ou femmes, nos jolies jambes et cheveux dans la rue ; la foule? ... Finalement, nous pourrions avoir peur sans arrêt.
Il n'est pas question de tomber dans l'extrême inverse où sous prétexte que le danger est imprévisible partout, nous ne devons être ni vigilant, ni prudent, je me laisse porter par mes pensées et divagations mentales plus ou moins conscientes et j'éprouve le besoin de les déverser et libérer ma tête de diffuses impressions floues. Je n'oublie pourtant pas ce triste constat : la plus grande violence a lieu au sein de la famille. Les enfants maltraités le sont par leurs proches majoritairement, quasiment tous les viols sont perpétrés par des connaissances des victimes, les femmes meurent chaque jour sous les coups de leur conjoint, c'est au cœur même de ce que nous croyons notre ultime refuge que se jouent les plus grands drames.
Internet est un chemin, rien de plus et la mésaventure qui s'y joue peut arriver par un autre chemin, bêtement.
S'imaginer que nous sommes si importants que beaucoup viendront nous y trouver est bien vaniteux et égocentrique à mon sens. Le malade de service trouvera naturellement et intuitivement sa prochaine « victime », Internet lui proposant un échantillon plus garni ; avec ou sans, il trouvera.
Un paranoïaque est finalement très égocentrique car il croit être le centre de tout, l'objet de toutes les intentions, un insouciant se met en danger naïvement.
Pourquoi devrions- nous nous méfier de tous ? Pourquoi devrions- nous tout dévoiler ? ... Internet est le lieu des manipulations et des fantasmes, quoi que nous fassions, nous ne contrôlons pas les subtiles aléas de l'existence.
Faire peur reste aussi un des meilleurs outils de manipulation des hommes en les rendant en plus très égocentriques et égoïstes.
« Ma sécurité se gagne par la diminution de la liberté des autres » ai- je entendu ce matin sur France Inter. Il y a effectivement quelque chose de cet ordre aussi...
A quand une étude sérieuse sur les risques encourus sur Internet ? Combien de passages à l'acte ? Combien de réussites et d'échecs ? ... Ma graine universitaire se nourrirait d'un travail sérieux pour en finir avec les mythes et les chimères, qu'ils soient angéliques ou démoniaques...
En tout cas, je n'ai pas fini de penser à la bombe humaine... ( voir le lecteur de musique dans les commentaires )