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Le premier effet du traitement fut donc cette sensation très incroyable qu'enfin, il y avait eu un arrêt net à la bataille autodestructrice du corps comme dans ces films où au coup de sifflet, tous les protagonistes d'une bagarre se figent en arrêt sur image. Je pouvais souffler, respirer et regarder par delà la souffrance.
Les influx nerveux qui tourmentaient les jambes se calmèrent, mon torse ne tanguait plus et les élancements dans les bras étaient moins fréquents, je pouvais rester assise presque toute la journée, j'étais mise dans le fauteuil au matin pour descendre au plateau technique, je circulais autonome avec le fauteuil électrique, de ma chambre à la kiné, à l'ergothérapie et je retournai en Adelo afin d'y retrouver notre merveilleux Michel.
Néanmoins, ce n'était pas gagné : j'étais incapable de faire mes transferts, j'étais encore complètement incontinente, je ne pouvais me laver seule au gant qu'à demi, il m'était impossible de m'habiller ou de me chausser, je ne ressentais rien de mes jambes, ni de leurs sensations ni de leur position, le brouillard restait omniprésent.
Dans mon esprit, je ne m'imaginais pas en fauteuil définitivement, je me projetai dans l'avenir sur mes deux jambes avec une vue claire et retrouvée.
Je m'accrochai au petit espoir entrevu après cette première perfusion : « Qu'importe le temps que cela prendra, je suis têtue, opiniâtre et j'arriverai à me sortir de là ! Maintenant, je vais foncer ».
Ce matin-là, j'étais dans un demi- sommeil quand je crus apercevoir quelque chose qui bougeait dans mon lit. « Mince ! Qu'est- ce que c'est ? Une bête ? » (Je plaisante). Je me rendormis un peu et au réveil définitif, le mouvement reparut : « Non ?! ... Ce n'est pas croyable !? Je rêve ? ! »
Ce quelque chose se trouvait à l'emplacement de mon pied droit et c'était selon toute vraisemblance lui qui bougeait. Un miracle ! Dans la semaine qui suivait la première perfusion, je retrouvai une minuscule capacité, celle de mobiliser mon pied droit sur commande ! Je fis quelques essais, pensant « Pied, bouge ! » et quelques secondes après, il bougeait. Ce n'était pas un spasme incontrôlé, ce n'était pas le fruit d'un hasard, il me répondait, lentement certes mais tout de même.
Quand les soignantes arrivèrent, je les interpellai la porte à peine ouverte en leur criant de venir voir. Et là, je leur montrai. Un bain de joie nous inonda toutes. J'essayai sous les draps puis elles l'enlevèrent pour voir le pied seul. Oui, il bougeait bien sur commande.
J'étais toute folle, je le montrai à qui voulait le voir toute la journée. Avec les baskets, en soulevant les orteils, tout le pied se soulevait comme pour taper le rythme. C'était hésitant et maladroit, pas totalement maîtrisable, cependant ce petit geste ne perdait rien de sa grandeur.
A vrai dire, de cette journée, je ne garde que le souvenir de la joie du matin et du bonheur du soir, de mon impatience à le montrer à fiston et SeN qui, par un concours de circonstances quasi miraculeux avaient prévu une visite pour le soir.
J'étais en fauteuil, devant la table, en face de la porte. Il faisait nuit et les lumières artificielles m'aidaient à y voir plus distinctement. Je trépignais dans l'attente de mes gaillards, ils devaient absolument voir de leurs propres yeux.
On toqua et dans l'embrasure, j'aperçus le visage de mon fiston hésitant.
- Viens ! Entre ! J'ai quelque chose à vous montrer !
- SeN est allé chercher un truc, il arrive de suite.
- Regarde, regarde !!!
Je soulevai mes orteils et toute la chaussure se leva. Le visage de mon fils explosa de joie et immédiatement, il rouvrit la porte et cria dans le couloir :
« SeN! Viens viiiite ! Maman arrive à bouger le pied !!! » et il revint vers moi, me sautant dans les bras pour m'enlacer.
SeN entra sous le choc de la nouvelle, un sourire jusque derrière les oreilles. Je lui montrai et lui également vint vers moi « Ah ben, ça ! C'est une sacrée belle surprise ! Nous ne nous y attendions pas ! »
Je n'oublierai jamais la lumière magnifique qui illumina leurs visages ce soir-là.
En prime exclusive, une photo du miraculé porteur d'espoir:
fée bon pied bon oeil
enfin, presque.