Partager créations, expériences et réflexions.
Le précédent article a réveillé en moi des sujets que je souhaitais aborder ici et débordée par la vie, son quotidien, je ne trouve pas le temps nécessaire à leur écriture chronophage d’autant que mon fiston ado monopolise l’ordinateur dès qu’il a du temps libre. Il me serait difficile de m’y mettre là aujourd’hui, j’ai la tête encore engourdie par une crise de migraine certainement provoquée par un délicieux chocolat blanc nougat- nougatine- noisette auquel je n’ai pu résister ces derniers jours. Mon attitude vis- à- vis de la nourriture peut paraître excessive, la mésaventure d’hier me rappelle cependant via le corps combien j’ai à prendre grand soin de moi en conscience. Je pourrais dire : « J’ai des années de maltraitance à rattraper », je préfère penser : « Merci la vie de me rappeler à l’ordre avant qu’il ne soit définitivement trop tard. Il était temps. ». Pourtant, il y a une réflexion qui me trotte en tête depuis une conversation avec mon amie Sabine en vacances dans la région et que j’ai envie d’aborder ici, aujourd’hui.
Nous discutions de nos expériences, de nos parcours, de nos vies et rencontres, de nos passés communs ou séparés et constamment, revenait l’évocation de certaines personnes. Je m’entendais parler d’eux en bla- bla incessants, répétant mes opinions, mes conclusions aléatoires à leur égard, mes analyses de leurs attitudes. Dans ce flot de paroles à propos d’autres, j’entendis une petite voix me rappeler les connaissances acquises par la communication non violente : l’évocation d’autrui parle de ce qui s’il se passe en soi, reste chez toi. Je lançai cette évidence à voix haute : « Je me rends compte que je parle tout le temps d’eux alors que franchement, dans ma vie quotidienne, je n’y pense pas, je les oublie. Les circonstances font qu’ils reviennent constamment à mon esprit quand j’aborde certains sujets et ça me ramène à ce que j’ai vécu, aux sentiments que j’ai ressenti à cette époque. Parler d’eux, finalement, ce n’est toujours que parler de ce que j’étais à ce moment et des questions que je me pose sur les raisons de ma propre attitude à cette époque ». Et oui.
Comment ai- je pu m’embarquer dans ces relations malsaines ? Comment ai- je pu me détruire, me vicier en acceptant qu’ils entament cette danse destructrice avec moi ? Parce que je me mésestimais, parce que je me suis soumise à la mauvaise image qu’ils me collaient du fait de leur propre désamour d’eux- mêmes. Parler d’eux, c’est chercher à comprendre ce que j’étais ainsi que les raisons profondes de mes choix et acceptations tacites.
En commentaire à l’article précédent, Annie évoquait des jugements. Ce poison des relations auquel nous sommes tous conditionnés dès notre venue au monde nécessite une prise de conscience importante et un long cheminement pour en sortir. Je me suis naturellement interrogée sur mon discours. J’avoue, je ne suis pas au clair, j’hésite. Il est probable que je juge ces attitudes variables quant à nos façons de vivre nos foyers- nos intérieurs, tel n’était néanmoins pas mon but. J’ai observé, je me suis interrogée. Car, oui, longtemps, avant de connaître la communication non violente, je cherchais à comprendre le pourquoi de l’attitude des gens croisés au hasard de la vie. D’emblée, dès mon plus jeune âge, j’ai refusé l’idée que le mal était une fin en soi et j’ai cherché à comprendre pourquoi ces personnes me rabaissaient, me critiquaient, me violaient, me maltraitaient, pourquoi donc m’en suis- je pris plein la tête et le corps toutes ces années ? Ce fut un très long parcours douloureux, pénible, tordu avec mes voies de traverse, mes impasses, mes erreurs, mes hésitations, mes peurs, mes doutes et mes réussites.
Il y eut d’abord cette remarque d’un thérapeute alternatif croisé dans ma vingtaine: « Très tôt, vous avez cherché à comprendre parce que vous êtes bonne et intelligente » Le souci est que la douleur est profonde et que le mental seul n’en viendra pas à bout. Survint la maladie, abominable cerise sur le gâteau empoisonné précipitant mon désir de psychanalyse. Je pris conscience que ma mère m’avait donné un prénom christique me chargeant inconsciemment de nous sauver, mission que j’ai acceptée et endossée jusqu’au sacrifice si proche de la mort, ultime. J’ai appris surtout et principalement, grâce à ceux qui ont pris soin de moi sur ce chemin de croix que j’étais une personne estimable, aimable. Dans mon grand dénuement physique, ces parfaits inconnus m’ont soutenue, aimée, appréciée, le partage fut entier, fort et riche. Ils m’ont marquée autant que je les ai marqués, moi, celle qui pensait que je ne méritais pas de vivre parce que je n’étais qu’une merde. Du récit de ma vie, s’entamait la déconstruction (pensée fugace pour Derrida). Tout était à reconstruire. Logiquement, je rencontrai Nadine et Yolande qui m’initièrent à la communication non violente et je compris enfin. Si j’étais dans l’empathie depuis longtemps avec autrui, je n’en avais aucune pour moi, je ne m’accordais pas de place. Comment pouvais-je véritablement faire la part de chacun dans les événements ? Comment pouvais- je sortir de ces fusions toxiques où chacun confond ce qu’il vit avec l’autre, coupable, responsable, échappatoire, défouloir ou déversoir ?
En l’occurrence, ce dernier mot me revint en mémoire il y a quelques mois alors que je farfouillais dans je ne sais plus quel texte. Tel un éclair, je le liais à mon chapitre Dévidoirs et règlements de contes. M’étais- je trompée dans la formulation ? N’était- ce pas ce mot- là, déversoir auquel je pensais ? Du coup, je me jetai sur un dictionnaire et cherchai les définitions. Ce fut magique. Déversoir crache, jette, vomit alors que dévidoir rassemble et construit. Dans mon lapsus, je verbalisais ma démarche générale. Il n’est pas question de salir, condamner qui que ce soit, il n’est que volonté d’observer, comprendre, sentir, éclaircir mon parcours de vie, d’ensorceler mon monde autrement, dans une démarche saine, constructive, positive et non plus mortifère. C’est déstabilisant tant pour moi que pour d’autres ; je n’évite pas tâtonnements, maladresses, erreurs pourtant, l’énergie est transformée et inévitablement, naturellement l’entourage change. Je rencontre des nouvelles personnalités dans des démarches complètement différentes, ma relation à d’anciennes évolue sur d’autres plans autrement plus positifs et il en est qui ne supportent pas le changement. Pour des raisons qui leur appartiennent, ils fuient ces changements, ils ont refusé d’aller plus loin que les maladresses, bouleversements. J’ai essuyé les colères, les hurlements, les jugements incessants, les menaces de poursuites judiciaires, entre autre et la relation s’est perdue, irrémédiablement. J’en suis certes attristée parce que s’est fermée la possibilité d’avancer ensemble sur l’éclaircissement de notre histoire commune, je sais cependant qu’ils parlent maladroitement de ce qu’il se passe en eux et qu’en parlant d’eux, je parle de ce qu’il se passe en moi.
Remuer le passé pour y creuser amertume, revanche, culpabilité, sentiment d’échec, de désamour de soi et des autres n’a aucun intérêt si ce n’est d’engendrer des souffrances perpétuelles. Puissé-je faire en sorte qu’à chacun de mes texte, j’arrive à exposer que c’est dans la connaissance de soi, dans la clarté du regard posé sur notre passé et notre histoire que nous pouvons trouver la voie de l’autonomie réelle, de la prise en main de notre existence et ainsi se libérer des prisons où nous nous sommes enfermés.
J’en étais à ces pensées en liant bien d’autres expériences quand Yolande m’envoya ce lien (ici). Je précise que je ne suis ni dogmatique, ni croyante. J’ai simplement foi en l’humain VIVANT.
D'un messager du feu*
Article dédié spécialement aux élèves infirmiers rencontrés le 25 février. ( Amis lecteurs, je vous raconterai dès que possible)
* anagramme de fée des agrumes trouvé par Taneb qui m'honore de sa présence ici