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Kiyoshi Kurosawa, Tokyo sonata

Dans le Tokyo contemporain, une famille japonaise. Le père occupe un poste à responsabilité dans une grande entreprise de matériel médical, sa femme tient le foyer parfaitement, ils ont deux garçons, l'un, grand adolescent presque majeur et l'autre à la sortie de l'enfance.

Trois employés chinois qualifiés travaillent au prix d'un seul japonais ; l'entreprise restructure et le père est licencié du jour au lendemain. Pétri de tradition, il n'ose avouer sa situation et continue ses rituels familiaux de départ et d'arrivée alors qu'il erre toute la journée dans la ville, se nourrit à la soupe populaire au déjeuner. Dans la rue, il rencontre un ancien camarade dans la même imposture et ils s'allient dans la comédie à l'égard de leurs familles.

A l'agence pour l'emploi où une longue file d'attente silencieuse encombre les escaliers, ne lui sont proposés que des emplois de bas niveau sans ménagement «Avec la crise actuelle, vous n'avez pas le choix ». Premièrement outré,  il finit par s'enfoncer dans le désespoir après plusieurs entretiens d'embauche humiliants.

Sa colère sourde, son mal être, ses non- dits,  inévitablement, enveniment le foyer. Sa femme, soumise et obéissante aux traditions japonaises, exécute ses gestes domestiques perpétuellement, sans poser de question alors que le trouble la gagne. Elle réalise sa grande solitude et assiste à la dégradation des relations du père avec ses fils.

L'aîné résiste aux ordres du père et s'engage dans l'armée américaine pour défendre son pays (pour rappel, depuis 1945, le Japon n'a pas le droit d'avoir une armée nationale) et parce qu'il ne se voit aucun avenir au Japon. Le cadet détourne l'argent de la cantine pour prendre des cours de piano que son père lui a interdits.

La violence éclate quand le père persiste à vouloir nier ses échecs et asseoir son autorité dans la contradiction perpétuelle entre son errance personnelle, sociale et l'image du père autoritaire assurant le quotidien, l'avenir de sa famille. Il crie et frappe ses enfants quand ils ne s'alignent pas sur ses décisions assénant des valeurs morales dont lui- même souffre dans sa propre existence. La béance transpire en lui, autour de lui et tous souffrent du poids de ces valeurs, en  particulier le tabou de la communication de ses sentiments intimes.


Le camarade est retrouvé mort avec sa femme (suicide au gaz ?) laissant derrière eux une petite fille (Au Japon, sans famille, vous n'êtes rien, cf. mon ami Boris dans son dernier livre ici ou ailleurs). Le fils aîné revient choqué par la guerre en Irak où les Américains l'ont envoyé : il a tué quand il croyait sauver ; finalement, il décide de ne plus revenir au Japon pour se mettre au service de l'humanité par d'autres possibilités de l'armée.  La mère se révolte dans un sursaut de vie en filant quelques heures avec un cambrioleur amateur, victime lui aussi de la situation actuelle du Japon et de ses valeurs. (Eloquente image que cette fuite en voiture volée qui débouche sur une impasse avec le front de mer en bout de route !). Le père trouve un emploi de nettoyeur dans une grande surface commerciale où il gratte les sols et les toilettes. Surpris par sa femme, il s'enfuit dans une course désespérée sans but. L'homme et la femme se réveillent au matin de cette nuit terrible abasourdis par l'absence d'issue dans leur vie sclérosée et cloisonnée. Ils n'ont d'alternative que celle de la vivre autrement, de l'intérieur, dans le fond et non dans la forme qui n'offre aucune solution, rigide et inflexible. Le fils cadet, quant à lui, réussit magnifiquement avec le piano en véritable prodige époustouflant de talent, de sensibilité. Courageux, opiniâtre, il remue sa professeur par sa capacité à ressentir l'essentiel et brille à l'audition finale époustouflante, en apothéose. Par lui, vient l'oxygène nécessaire à la vie, le lien qui réunit les membres de sa famille.


Ce film est un pur joyau, une merveille dont je suis sortie enchantée et muette. En écho à Une famille brésilienne, étrangement. Question d'errance dans un monde où l'homme n'est pas le centre de la société humaine.

Si au Brésil, j'avais le sentiment qu'ils zigzaguaient en avant, inconnu incertain poussés par un instinct de survie, au Japon, je les ai vus tourner en rond, se cogner aux murs, prisonniers d'un univers clos.  Serait-ce là le lot des pays riches?

Pudiques et sobres, les scènes n'en sont pas moins éloquentes sur les sentiments et les émotions exprimées, trop écrasées, contenues dans une société si rigide. Les coups, les cris, les postures, les gestes anodins, la caresse dans les cheveux, des pas en arrière ou en avant, vers nulle part ou vers quelqu'un, les chemins qui se rejoignent, se croisent, les lieux privés ou publics, les paroles, les silences, tout est expressif et puissant d'évocation, subtilement, pudiquement avec une pointe d'ironie désinvolte et salvatrice.


Salué par la critique comme un chef d'œuvre du cinéma japonais ET mondial (ce que j'ai découvert après l'avoir vu), ce film où je suis entrée lentement, peu à peu, dans une introspection guidée par la succession des plans a conforté mon sentiment qu'un humain n'est rien sans les autres, le lien est fondamental et ce n'est que par l'échange que nous vivons ; échange dont le principal est la communication. Murés dans nos sentiments et émotions, nous faisons place à la violence et la destruction de soi, des autres.

Kurosawa et la communication non violente, comme tant d'autres cadeaux de la vie sont des souffles animant la lumière sur la voie où je chemine.


Ré apprenons à réfléchir et appréhender la vie avec l'intelligence du cœur.




 


Ici la critique de Monde, celle des inrocks.

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L
<br /> Moi aussi, j'ai bien envie de le voir. Malheureusement, je viens de vérifier, il ne figure pas sur la liste de mon vidéo club magique... Il finira bien par me tomber dans les mains un jour, je ne<br /> m'inquiète pas.<br /> L'Homme des steppes est un grand admirateur du cinéma asiatique (enfin.. pas n'importe lequel, hein), surtout de Takeshi Kitano. Nous avons vu Printemps, été, automne, hiver et avons beaucoup<br /> aimé.<br /> <br /> Dans un genre moins contemplatif, nous avons également apprécié Salé-sucré, de Ang Lee (pas trouvé d'extrait vidéo) :<br /> <br /> Les problèmes s'accumulent autour du vieux M. Chu, le plus grand cuisinier de Taipeh. Veuf, il a élevé seul ses trois filles, maintenant adultes et rebelles, et voilà que débarque Mme Liang la<br /> veuve importune qui emménage à côté. Tout à coup, le clan tout entier se demande si M. Chu ne va pas bientôt faire la cuisine pour quelqu'un d'autre...<br /> <br /> <br />
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F
<br /> <br /> Printemps, été, automne, hiver, je l'ai vu également, il est tout à fait à mon goût! En plus, très belle façon d'expliquer les fondamentaux du bouddhisme!<br /> je ne suis pas capable de retenir les références, j'ai toutefois eu de belles découvertes avec le cinéma asiatique.<br /> les poignards volants, belle épopée, Epouses et concubines, terrifiant, un autre dont j'ai oublié le nom mais très très agréable, une histoire invraisemblable avec un maître<br /> aveugle, des enfants en geishas vengeresses, c'était fort et drôle en plus. In the mood for love, sensuel.<br />  Avec mon fiston, nous sommes aussi des amateurs de Miyasaki en dessin animé. Quoi de plus enivrant que de regarder le monde à l'aide des yeux d'autres! je ne me lasse pas de faire ses<br /> ballades sans fin.<br /> <br /> Au plaisir d'échanger... en toute circonstance.<br /> <br /> <br /> <br />
P
Tout ça donne envie, je ne crois pas avoir encore vu de film japonais (Kurosawe, c'est celui qui avait réalisé Ran ?) mais je me laisserai bien tenterQuand les façades de l'apparence tombent, il ne reste que l'essentiel...
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F
<br /> <br /> Tout est dit dans ta dernière phrase !<br /> <br /> <br /> <br />
T
Mi aussi j'ai eu envie de le voir... :)Non, Kyioshi n'est pas parenté avec Akira... Je me demande s'il y a une référence à Tokyo Story (1953) de Yasujiro Ozu, pas sûr...Tu connaîs imdb.com pour toutes les infos sur les films, etc? :)
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F
<br /> <br /> J'ai fait un tour sur ce site et n'ai pas vraiment compris comment ça marche... euh... a renouveler avec plus de concentration peut être.<br /> <br /> Bizzz<br /> <br /> <br /> <br />
T
Mi aussi j'ai eu envie de le voir... :)Non, Kyioshi n'est pas parenté avec Akira... Je me demande s'il y a une référence à Tokyo Story (1953) de Yasujiro Ozu, pas sûr...Tu connaîs imdb.com pour toutes les infos sur les films, etc? :)
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M
j'aime beaucoup le cinéma japonais, chinois, coréen ..., notamment pour ce qu'en dit Coq ... Ce Kurosawa est-il de la famille du "grand" Akira Kurosawa, autre cinéasre japonais?Il me semble qu'outre une culture et une histoire dont je ne connais pas le centième, mais qui a donné une société assez rigide ... l'insularité contribue fortement à cette sensation de vase clos, de murs (de mer) érogés tout autour ... Où fuir quand on est sur une île??Je me dis aussi que lorsqu'une telle société commence, elle aussi, à se lézarder ... ben on est tous dans la merdeTrès très envie de le voir ... bien sûr!;)
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F
<br /> <br /> Je me suis posée la même question au sujet de la parenté surtout que j'avais vu un très beau film d'Akira peu de jours avant Tokyo sonata: je n'en sais rien.<br /> En film coréen, je connais Printemps, été automne, hiver , une merveille de sagesse!<br /> je ne retiens pas systématiquement les noms et titres, c'est  dommage de ne pas retrouver les références.<br /> Cette image insulaire apparait clairement dans cette séquence avec l'impasse. Pourtant, dans la nuit, les personnages se raccrochent à l'horizon, aux lumières au loin, aux étoiles comme quand on<br /> est coincé par un mur et qu'on cherche à voir au delà. <br /> Les hommes ont  peuplé les îles du Pacifique, avec de frêles barques, c'est le cloisonnement mental et/ ou social qui empêche de traverser. <br /> La crise, quelque soit le secteur concerné, est une opportunité pour construire du neuf, porté par l'espoir d'une vie meilleure (La merde est un excellent fumier ).<br /> " Nos civilisations sont mortelles" résumait si parfaitement Paul Valéry au lendemain de la 1ere guerre mondiale, les hommes ont foi en la vie et toujours ils recommencent, rebâtissent et (se)<br /> cherchent.<br /> La voie de la sagesse est longue, ardue et souvent douloureuse. c'est d'abord en soi que nous la trouverons.<br /> Mon fol espoir ne me quitte pas. <br /> <br /> <br /> <br />