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Possibilités des cave et grenier.

Longtemps, j'ai rêvé de ces greniers merveilleux où se révèlent des vieilleries porteuses d'histoires anciennes émouvantes, j'ai longtemps été envieuse de ces caves propres et pratiques où légumes et vins se conservent admirablement, où les étagères à conserves et le congélateur s'emplissent des trésors ramassés au jardin, dans les champs, les vergers, et que dire de ces buanderies où le linge lave et sèche sans envahir les pièces à vivre !  Dans cette maison, les deux existent et j'ai cru, aux chants des sirènes évoquant les possibilités.

Dans le grenier, quelques vieux meubles, des rideaux, des lustres. «  Ce buffet est charmant, ce petit meuble- là peut être repeint pour s'accorder avec l'autre, nous pourrions isoler cette partie des combles pareillement à son pendant transformé en chambre par les anciens locataires. Regarde ces lustres en cristal, ils sont tellement lourds, serait- il possible de les donner ou les vendre ? Celui- là, je le verrais bien en décoration dans le couloir avec les appliques. Ce vieux lit est vraiment trop sale, et si nous le jetions aux encombrants ? Oh, et là, nous pourrions ouvrir une porte pour accéder à une terrasse aménagée au- dessus de la cuisine ! Et pourquoi n'installerais- tu pas tous tes appareils Hifi et tes haut- parleurs en aménageant un salon d'écoute ? Ou une galerie de placards intégrés pour y ranger  les objets à usage peu fréquent ? Blabla, blabla ...»

Des idées, j'en avais, j'en avais et j'étais prête à mobiliser mes forces dans cette tâche, j'étais prête à donner encore et encore de mon temps pour faire de cet espace un lieu vivant, pratique où il pourrait profiter de sa passion imaginant même un mur entier uniquement de haut- parleurs encastrés, où nous pourrions ranger et ordonner le bazar de tous. Rien, hormis le lit et un vieux nettoyeur vapeur  cassé sont partis aux encombrants.

J'essayais de troquer ou vendre les rideaux de velours, sans succès. Ils continuent des croupir dans le petit meuble, pour rien, petit meuble dont il a été dit qu'il était impossible à rénover (Pourquoi reste t-il là, depuis tant d'années alors ?) Le buffet adorable se remplit de cartons de haut- parleurs,  « pour ranger », mon idée n'a pas convenu, il continue de croupir lui aussi avec le superbe ensemble table et chaises en formica anciennement assortis à la magnifique cuisine dont je ne voulais pas ( c'est pour rappel)

 Pour aider ma mère et ma sœur, j'ai conservé une armoire en pin  qui se remplit des décorations de Pâques et de Noël, des pelotes de laine récupérées chez sa grand -mère, tricoteuse que je suis depuis plus de 20 ans. , de quelques affaires dont je n'arrive à me défaire, symboles d'une attente d'enfant. Elle est cassée, il ne faudrait pas grand-chose pour la réparer... «  Mais pourquoi faire ? Ça sert à quoi ? Ça sert à rien ». Leitmotiv qui me fut répété pour toutes mes idées dans la maison.

Le grenier ne bouge pas, se remplit de cartons dont les contenus m'échappent ; auparavant très organisée, j'y retrouvais systématiquement ce que je cherchais. Avec mes incapacités physiques de la maladie, tout a été laissé aux mains de la facilité immédiate et je n'ose même plus y entrer. Je demande à peine où est tel ou tel objet puisque personne ne peut me répondre. Quand j'évoque l'éventualité de le ranger, de l'organiser, le leitmotiv me revient inévitablement : «  Mais pourquoi faire ? Ça sert à quoi ? Ça sert à rien » c'est invisible aux yeux des visiteurs donc aucun intérêt d'y mettre de l'ordre. Pfffff 

Au premier hiver, je l'ai déjà évoqué ici, les courants d'air et le froid envahirent la maison, transperçant le corps jusqu'aux os dans ce qui devint une souffrance pendant les mois terribles de fin 2006, au pire de la maladie. Pourquoi donc insistai-je sur l'isolation de ce toit ? «  Mais pourquoi faire ? Ça sert à quoi ? Ça sert à rien »  Bourrer l'atmosphère avec la chaleur fugace et volatile des radiateurs alimentés au fuel, chaleur fuyant par les béances omniprésentes d'une maison non isolée n'empêchant nullement les sempiternels courants d'air, c'est tellement... quoi déjà ?  

Je ne peux décidément rien envisager des possibilités du grenier qui reste, lettre morte, entassement désorganisé d'une multitude de choses.

Ô secours !!!!!! 

Et la cave ?

 Dans le petit garage, à notre arrivée, je commençai par un rangement, trouvant des produits dangereux divers.  La déchèterie est à quelques kilomètres, avec des horaires particuliers... Envers et contre toute intelligence, ils partirent en poubelle parce que c'était trop compliqué de les ramener à la déchèterie. Et merde ! Pourquoi suis- je la seule à m'en vouloir ?

Nous y avons mis des éléments de l'ancienne cuisine, je récupérai des planches proposant naïvement et stupidement l'aménagement d'un atelier. «  Mais pourquoi faire ? Ça sert à quoi ? Ça sert à rien » Laisse tomber ma pauvre fille ! Désormais, s'y entassent des caissons, des planches, des machines, des haut- parleurs, encore de ces choses qui m'échappent... Quelques unes de mes affaires gardées dans l'espoir d'un autre enfant, deux meubles de mon passé noyés sous les cartons et les morceaux de je-ne-sais-quoi  y apparaissent parfois. Arriverai-je à les récupérer en temps voulu ? ...

Savez- vous que c'est moi la bordélique sans organisation ? Que c'est moi l'incapable d'avoir un intérieur rangé et net ?

Au milieu, il y a la petite pièce avec la chaudière vieille de quarante ans. Mixte, elle pourrait être utilisée au fuel et au bois. «  Mais pourquoi faire ? Ça sert à quoi ? Ça sert à rien » Trop de travail avec le bois, impossible de le ranger quelque part... ben, oui, alors, pourquoi faire ?

 Cette pièce toujours chaude puisqu'elle chauffe également l'eau me parut une aubaine pour sécher le linge.  Pas question de se lancer dans des travaux pour aménager une buanderie, trop de travail et trop compliqué, bon, je veux bien, j'insistai pourtant pour y tendre des cordes à linge. Aspiration de la poussière grise omniprésente et perçage de trous. J'étais toute contente d'y descendre le linge qui y séchait en une nuit. Quel confort de ne plus supporter les étendages dans les chambres, sur les armoires, dans le salon avec un linge rarement bien séché, emmagasinant l'humidité de la maison et les odeurs inhérentes à ce séchage. Mon bonheur dura quelques mois et un jour que je pendais ma dernière lessive, j'entendis mon garçon sauter allègrement au dessus de moi. Du plafond qui nous séparait, tomba cette poussière grise fine qui ne quittait pas les lieux malgré nos tentatives désespérées. Une intuition me traversa et je me mis à poser des questions sur ces plaques présentes dans toute la cave, personne ne put/voulut me répondre. De mon propre chef, je pris contact avec un organisme spécialisé  et la visite de l'agent de prélèvement conforta mon intuition : et si c'était de l'amiante ? Les résultats furent sans appel. Je pestai de cette indifférence généralisée : « Mais comment pouvez- vous laisser cette cochonnerie en place ? Et dire que je me suis évertuée à aspirer, balayer, tendre mon linge pendant des mois dans ce trou empoisonné ! » L'agent de prélèvement le dit ouvertement, il ne fallait pas traîner dans cette cave. Rien n'y fit. Trop compliqué, trop coûteux, trop dangereux, l'amiante est toujours là et personne n'envisage de l'enlever. Le linge à sécher est revenu dans les chambres.

 Il y avait également toute la surface occupée par une grande pièce dont le sol est encore en terre battue. Super ! Rien de mieux pour conserver les carottes, les pommes de terre, les oignons, les géraniums en hiver et les bonnes bouteilles de vin. Il me prit de vouloir la vider, la ranger, l'aménager. «  Mais pourquoi faire ? Ça sert à quoi ? Ça sert à rien ». Tant pis, je commençai seule jusqu'au moment où en ouvrant la porte, je découvris trois énormes rats ventrus qui ne se gênèrent aucunement de ma présence. AAAAAhhhhhhhhh horreur ! Je refermai la porte vite fait et courus annoncer la découverte.  Il mit quelque poison persuadé que j'avais mal vu, mettant en doute ma parole.  Ils ne réapparurent plus, certes mais nous eûmes droit à une odeur de cadavre pendant des semaines dans le salon, quelque bête ayant crevé dans un coin inaccessible sous le plancher. Bon, j'avais fabulé. 

Comme les courants d'air venus du sol du salon étaient réellement trop inconfortables, il lui prit de mettre un isolant sous le plancher depuis cette pièce. Je ne dis rien quand je constatai qu'il ne le mit que sous le salon où lui passait son temps ; l'idée de nettoyer une bonne fois pour toute cette cave ne me quittait pas, je rongeai mon frein. 

Ma voisine m'avait montré la belle cave qu'ils avaient aménagée dans leur maison ancienne. Elle raconta comment on y entrait vouté, le sol si près du plafond, comment elle avait sorti cette vieille terre pourrie par les petites lucarnes et comment son mari l'avait entièrement assainie, aménagée. Ah ça, ils pouvaient être fiers ! J'en parlais chez nous, «  Mais pourquoi faire ? Ça sert à quoi ? Ça sert à rien » Je décidai de commencer sans attendre sur qui que ce soit. Au premier coup de bêche, je tombai sur des cailloux et je réalisai combien ce serait trop dur pour une petite bonne femme comme moi.

La maladie arrêta ces projets, tout comme pour le grenier. Trois ans plus tard, j'évoquai la possibilité de faire exécuter les travaux par le voisin. L'idée ne déplut pas, je le fis venir afin qu'il en évaluât le coût. Quand il entra, je remarquai son regard de  professionnel du bâtiment et il me détailla les étapes :

- Sortir la terre, l'évacuer de la rue, peut- être utiliser le marteau piqueur s'il y avait de la roche dessous pour creuser assez profond au cas où il y aurait des sources fréquentes en ces contrées, assainir le sol avec les couches nécessaires de gravier, filet spécial et dalle coulée

- gratter les murs pour les assainir parce que trop humides et abîmés avant de les traiter

- enlever cet isolant du plafond parce qu'il risquait de faire pourrir le plancher de la pièce au dessus.

- mettre les sols à niveaux

- installer un système électrique aux normes  et éventuellement un lavabo.

En partant, il remarqua l'amiante et dit simplement qu'il fallait enlever ces dalles urgemment. Est-il utile de vous dire que le coût dépassait toutes les estimations ? «Mais pourquoi faire ? Ça sert à quoi ? Ça sert à rien »

Et il y a la fosse septique qui refoule ses odeurs de déjections à tel point que toute la maison en profite dès que nous tirons deux fois la chasse d'eau dans les toilettes du palier, il y a les inondations incessantes dès qu'il pleut et que les eaux de la rue pentue arrivent devant le garage et ses égouts constamment bouchés.

Finalement, cave et grenier n'ont eu pour effet que de me conforter dans mes intuitions refoulées : il était temps de fuir cette maison malsaine aux multiples possibilités. Je réfléchissais désespérément à des solutions d'échappée quand la maladie me cloua sur place ; je n'étais pas au bout de mes surprises.

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C
Coucou a  un blog que j'aime..Bon dimanche...lorent et ses 2900 trésors les taille-crayons.........................
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F
<br /> <br /> Tiens? Bonjour.<br /> il me semble avoir déjà vu ce commentaire quelque part.. ou je me trompe.<br /> <br /> merci en tout cas pour la visite et la trace.<br /> <br /> <br /> <br />
A
Ta réponse à Coq sur la femme handicapée et pauvre m'interpelle!Quand j'ai demandé le divorce, j'avais 3 enfants, j'étais handicapée et pauvre.Mon mari m'a dit "avec ton handicap tu n'auras jamais la garde des enfants et "quand je pense que j'ai vécu avec une handicapée", parce que c'était moi qui avais pris la décision.14 ans après, mes enfants élevés (chez moi), j'ai survécu, très bien, même si pourtant un de mes enfants est ensuite décédé d'un cancer. Avec mon ex-mari nous nous sommes pardonné et sommes amis, nous nous rendons des services, tout va bien. Nous avons laissé de côté nos egos, pour nos enfants et pour nous-mêmes.
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F
<br /> <br /> <br /> Vois-tu chère Annie, je pense souvent à toi dans mes petites aventures quotidiennes, tu es une référence pour moi. <br /> Je n'angoisse pas à l'idée de me retrouver seule bien que l'adolescence de mon fiston soulève quelques interrogations; néanmoins, je suis dans l'instant et ne tire pas de plans sur les comètes<br /> chimériques tiraillant les âmes à propos de ce qui pourrait arriver.<br /> Je ne pense pas non plus que Stéph et moi finirons par nous mépriser ou nous ignorer.<br /> Nous n'avons rien de concret ensemble, ni en terme de biens ou de famille,  mais une belle amitié vieille de plus de 20 ans, un vécû partagé; notre aventure aura peut être plus de<br /> répercussion qu'il ne l'imagine. Désormais, je m'occupe de mon fiston et de moi, de ce qui relève de ma responsabilité sans vouloir lui nuire, le reste le regarde, lui.<br /> <br /> <br /> <br />  Belle journée .<br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br />
C
Je pense bien qu'il n'a pas un mauvais fond... et quelque part il me fait penser à mon père... c'est sûrement ce qui me fait réagir aussi épidermiquement d'ailleurs ;-) Mais quelques fois un coup de pied au tûûût ne fait pas de mal :-P
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F
<br /> <br /> hihi!<br /> <br /> <br /> <br />
P
Je n'ai qu'une chose à dire, sauve-toi vite fait de cette maison...Ah et aussi quel gâchis...Bises fée ;-)
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F
<br /> <br /> Oui, un gâchis, c'est bien le mot.<br /> Je m'y suis engouffrée de plein gré et je suis consciente de ma responsabilité.<br /> Ces années ont été éprouvantes certes, je préfère les dire enrichissantes et salvatrices.<br /> Je cherche ce qui deviendra un vrai chez moi, pas facile mais je suis opiniâtre et ne doute pas de la réussite.<br /> <br /> <br /> <br />
M
ben pardon, mais pour l'amiante, il est carrément irresponsable!! c'est le récit de sa sclérose, ici ... il est paralysé ... les pieds plombés dans la cave, la tête prise dans les charpentes ... qu'il vive avec son amiante, à défaut d'une aimante dont l'énergie de vie lui fait peur ... pas / plus d'élan vital chez lui, c'est terrible ... enfin tel que je le perçois à travers tes mots je sais que partir est une vraie gageure pour toi et ton petit porte-monnaie, mais cela me paraît de plus en plus indispensable, même si tu laisses derrière toi le rêve d'une maison qui aurait pu vivre et palpiter je pense à toi, Fée ;)
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F
<br /> <br /> Je vois dans ces mots la trace de mon propre cheminement; mes récits finalement vous font peu à peu comprendre ce qu'il m'a fallu des années à réaliser.<br /> Il va finir par me détester, s'est déjà violement fâché contre mes textes ce que je peux comprendre; reste que je suis un miroir terrible et impitoyable.<br /> Et surtout, je ne parle pas de lui- il est mon propre reflet également- je parle de mon vécu, de mon ressenti.<br /> En soi, la maladie n'est pas anodine, elle est partie intégrante de mon parcours, une étape, un sursaut de vie et cette maison est le théâtre de cette scène, non sans hasard.<br /> Je suis à la frontière entre deux actes et le nouveau logement arrivera en nouveau décor pour de nouvelles scènes.<br /> Je chemine, je chemine et jamais seule. <br /> <br /> <br /> <br />