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A faire l’effort de penser à ce que je cuisine, je réalise combien chaque repas est conçu dans l’urgence, avec les moyens du bord, réfléchissant constamment à ce qu’il y a dans les placards. Je pense que c’est devenu problématique non plus en raison des restrictions financières longtemps mon lot quotidien mais bien parce que je ne peux plus faire les courses à ma guise. Il n’y a pas même une boulangerie dans le village, le premier petit commerce est à au moins 10 km; je ne peux conduire ou me déplacer en vélo seule. Un peu de jardin heureusement m’aide.. aussi petit soit-il. Comment pourrais-je en faire un plus grand, seule d’ailleurs? C’est déjà une belle victoire d’avoir celui là, face à la maladie et aux désapprobations d’autres.
Que d’enjeux en de si petites naturalités essentielles…
A midi , pavé de saumon à l’oseille du jardin. Arrosé de cette huile d’olive parfumée maison au basilic et d’un jus de citron, c’était très fin accompagné… de frites ! pour faire plaisir au garçonnet.. Les gaillards ont parachevé le tout avec du ketchup ou une sauce industrielle toute faite. Sacrilège à mes yeux !
Au soir, bidouillage : restes de saumon de midi froid, avec des « sigara börek » façon moi. Ce sont à l’origine des petits farcis de Turquie en pâte fine avec du poireau, du fromage, des herbes diverses ou autres. J’utilise souvent des feuilles de brick’ Je n’arrive pas à étaler la pâte aussi finement que nécessaire !) Ce soir, j’y ai mis du yaourt à l’ail, du lait de soja, un œuf et des épinards. ‘Bien fermer et cuire dans la poêle ou le four). Avec un peu de salade verte, le tour est joué. Ouf, encore des estomacs pleins jusqu’à demain.
Je suis quelque peu gênée par la consommation bi-quotidienne de protéines animales. C’est trop et pour nous et pour tous. Jean Siegler (ancien rapporteur de l’ONU sur la question de la faim) le dit ; si nous devenions tous végétarien, il n’y aurait plus de faim dans le monde. C’est aberrant et contre productif de manger tant de viande. Mes tentatives déguisées restent souvent vaines, il y a systématiquement quelqu’un pour sortir du jambon ou des boites de sardines… pffffff
A propos, mon garçon n’a pas daigné manger son saumon et quand il a débarrassé, il a demandé s’il devait le jeter. J’ai répondu qu’un animal était mort pour donner sa chair, était- ce pour finir à la poubelle, SeN de renchérir que nous avions travaillé pour l’acheter. Mon garçon continua : et des gens ont travaillé pour l’élever, le pêcher, nous l’amener.
Dans nos sociétés de consommation où nous sommes si éloignés de la réalité concrète de la quête de nourriture, il est bon de se souvenir de ces petits riens, non ?