Partager créations, expériences et réflexions.
Consécutivement aux articles précédents évoquant ces menus travaux effectués dans la maison et cette rencontre inopinée résolvant ma problématique du découpage de planches, je suis revenue en pensée vers ces travaux incroyables mentionnés ici, là , là et là. J’avais envisagé l’écriture de cet article il y a plusieurs mois mais les événements ont bousculé le fil de mes écritures et publications. Logiquement, j’y reviens donc en parallèle des précédents.
N’ayant que peu de revenu, je dépasse ces obstacles en développant ma créativité et mon adaptabilité. Dans la nouvelle cuisine, par exemple, à l’heure où les aménagements épurés sont à la mode, je multiplie les étagères ouvertes où je range les objets en mouvement perpétuel. Avec des équerres et des planches de bois brut, j’installai ces aménagements peu coûteux parfaitement adaptables à mes pérégrinations nomades. Pour diverses raisons, j’ai tâtonné maladroitement, j’ai jugé à l’œil, plus ou moins et inévitablement, les étagères ne sont pas de niveau exact. Le décalage sur quelques millimètres est effectif et mes étagères sont légèrement de travers ; pareillement, un des tableaux est en houle. Si pour l’un, le décalage est notoire, les autres penchants sont subtils et seul l’œil observateur les remarque. Je n’avais cependant aucune envie de tout enlever, de boucher les trous, de repercer et refixer… seulement pour un jeu de quelques millimètres. Aussi, je laissai joyeusement mes étagères de travers.
Un jour d’automne, alors qu’il ramenait quelque objet, SeN entama les critiques sur le désordre de la maison, le travers des étagères répétant la nécessité de recommencer, critiquant vertement mes choix, assénant ses jugements sur le bazar généralisé, l’immensité des tâches où je m’étais engagée. Blabla. Tranquillement et fermement, je fermai ce jeu malsain.
« Écoute- moi bien ! Ici, c’est chez moi et je fais ce que je veux. Tu es le bienvenu, la porte reste ouverte mais tes principes et les principes de tes parents restent là-bas, à l’entrée, je n’en veux pas ! Je ne suis pas partie pour que tu me les ramènes! C’est toi qui a besoin que ce soit parfait, c’est toi qui a besoin que ce soit de niveau et aligné, au millimètre, ce n’est pas moi. Ces étagères de travers ne me gênent absolument pas et au contraire, je les aime telles qu’elles sont parce que je les ai posées moi- même avec les moyens du bord, parce qu’elles sont à l’image de ma façon de vivre, sur les voies de traverses, en dehors de principes. Et j’en suis fière ».
C’en fut définitivement terminé.
Que ce soit lui ou qui ce soit, je pose mes limites, je m’accorde la place qui est la mienne et je démêle l’embrouillamini des besoins respectifs. Le jugement asséné n’est que le reflet d’un besoin insatisfait de celui qui juge et n’a rien à voir avec son destinataire. Il en est fini des fusions mortifères où chacun se noie dans son propre flou et projette sur autrui ce qu’il ne peut identifier chez lui. Cet autre qui provoque telle ou telle réaction n’est de toute manière qu’un déclencheur, la réaction que nous avons relève de notre choix et nullement de la responsabilité de cet autre. RESTER CHEZ SOI est une règle fondamentale tout comme les questions : « Quand je vois, entends ceci ou cela, qu’est- ce que cela provoque chez moi ? Quels sont mes émotions et sentiments ? De quoi ai- je besoin ici et maintenant ? En quoi cette expérience parle de ma propre histoire ? ». Plus ce cheminement faussement compliqué est pratiqué, plus il devient naturel puis quand nous nous sommes donné cette empathie dont nous avons tous besoin, nous avons la possibilité d’avoir de l’empathie pour cet autre qui nous a secoué, il est aisé d’accorder de la place à ses besoins insatisfaits. La relation devient authentique, véritable et la violence s’étiole, s’évanouit, par enchantement.
J’ai changé de cap devant l’idée concrète de la mort, j’ai pris en main mon destin, il n’est absolument plus question de revenir aux poisons du passé, je suis dorénavant pleinement dans la vie.