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Par fée des agrumes
La semaine dernière, une douleur sur l’omoplate gauche, vague, diffuse s’installa doucement; je la mis sur le compte de la fatigue que je traîne depuis quelques semaines, l’activité perpétuelle de mon quotidien. Un faux mouvement, une mauvaise installation pour dormir, un excès de danse sur un corps fatigué… Plus tard, alors que je suspendais le linge sur un fil haut perché, elle parcourut mon dos et mon bras gauche, atroce et lancinante, telle un éclair foudroyant. Je me dis qu’il était plus que temps de me calmer, de m’y pencher « Que cherche donc à me dire le corps ? ».
L’inquiétude me gagna avec son extension à mon bras, mon cou, le long des côtes et sa violence particulière pendant la nuit. La maladie se ranimerait- elle ? Je tâchai de rester chez moi, de mettre des mots sur ce que je vivais et constatai la peur panique qui agitait ma part instinctive et primitive. Evidemment, le mental entama sa danse de pensées folles entre des extrapolations, des égarements désespérés ; une part de moi paniquait et était désorientée. Je n’en ai quasiment pas parlé répondant invariablement à « ça va ? » un oui tranquille. Dans ma tête, je répétai en mantra les mots de Gilles, « Si ça ne dépasse pas les 24/48 h, ne vous inquiétez pas, ce sont des cicatrices de la moelle qui réagissent, ce n’est pas une poussée. ». Comme ces douleurs vont et viennent, disparaissent, je ne veux pas m’inquiéter ni inquiéter. Fiston n’a rien entendu ou a fait mine de ne rien entendre, ma mère et ma sœur ont embrayé à ma première évocation sur leurs propres douleurs, j’ai alors tapé sur la table en exprimant clairement ma demande d’être entendue sans plus- ce dont je suis assez fière.
J’observe, je me campe au présent, à ce que je fais, à ce que je vis à l’instant où je le fais, le vis.
Alors, il y a cette douleur variable et capricieuse. Ponctuellement piquante, lancinante, enserrant, violente, sourde, diffuse puis silencieuse. Comme les douleurs dans les yeux, le cou, la tête, les jambes, les caprices des systèmes d’évacuation, la fatigue, je l’écoute car elle est le porte- parole de mon corps.
Il y a cette peur et cette panique face à l’éventualité d’une nouvelle crise. Je les accepte car elles sont les porte- paroles de ma part primitive.
Je regarde s’agiter mes pensées dans leurs tiraillements, doutes et leur sentiment d’impuissance, d’injustice, leurs extrapolations, leurs scénarii catastrophes ou leurs discours lénifiants. Je les accepte car elles sont les porte- parole de mon mental.
Imaginer, anticiper avec l’espoir de contrôler ne sert à rien hormis me tourmenter. Alors, à nouveau, je lâche. Après tout, cette expérience est l’occasion rêvée de confronter ce cheminement interne décrit via la colère avec sa réalisation concrète dans ma vie. Suis- je véritablement capable d’entendre mes besoins insatisfaits et de faire la demande afin de dépasser cette insatisfaction? Là est tout le sens de cette douleur.
Ainsi.
J’ai demandé de l’empathie à ma mère et ma sœur, explicitement en tapant sur la table. Elle m’a été donnée dans la mesure de leur capacité à cet instant et ce me fut suffisant.
Le mental n’est pas à jeter en soi ; en s’agitant, il fait preuve simplement du souci de trouver des solutions à des situations anxiogènes, il se débat maladroitement afin de m’alerter sur ce que je peux mettre en œuvre afin de soulager mes ressentis désagréables. Il m’invite à une réflexion constructive porteuse de vie et d’espérance. Il marche de concert avec peur et panique : « Et quoi donc, tu as peur, tu paniques ? Et qu’est-ce que tu attends pour te protéger, prendre soin de toi maintenant ?».
Aujourd’hui, lors d’un échange téléphonique, ce fut mon amie Valérie qui donna l’impulsion : si intuitivement je sens que cette douleur est menaçante, m’effraie et me renvoie à la dégringolade physique, j’appelle le neurologue. Si le signe est mauvais, nous déciderons d’agir avec quelque traitement ; s’il n’a rien d’alarmant, le médecin me rassurera.
Déjà, je me sens mieux. Non que ce soit totalement réglé, je remercie toutefois grandement Valérie de m’avoir si bien écoutée et accompagnée. Remarquez qu’un coup de pouce m’a été nécessaire. Ce n’est pas parce que je suis sur le chemin que j’avance, c’est constamment que chaque pied se met devant l’autre.
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