Partager créations, expériences et réflexions.
Les repas sont pris en commun ; au gré des arrivées et départs, au gré des présences, les êtres se croisent à table. Matin, midi et soir. Les particularités de chacun sont respectées aux déjeuner et dîner ; une végétalienne, par exemple, eut ses plats spéciaux en cas de produits animaux tout le long de son séjour.
Il est possible de s’inscrire en cuisine afin de donner un coup de main aux cuisiniers. Je n’y suis pas allée, mes expériences personnelles dans l’antre de ma propre cuisine me suffisent surtout si ce n’est que pour râper, couper, déplacer, transporter (je ne peux que laborieusement marcher en tenant quelque chose à deux mains). Chacun est pareillement convié à mettre et débarrasser les tables ; non que je me fusse défilée, je n’eus aucun scrupule à laisser faire d’autres empressés à s’y mettre.
Le maître –mot est de consommer ce qui est produit sur place ou du moins local.
Le petit déjeuner est traditionnel avec lait, thé, café, jus de pommes, pain, confiture et beurre.
Le lait est de brebis trait du matin. C’est une première pour beaucoup et j’avoue que je n’ai pas été déçue. Après tout, adepte des fromages chèvre et brebis plus que vache, j’en connaissais déjà les saveurs.
Le beurre est, ai- je entendu le produit le plus problématique dans la mesure où il est très fréquent de courir en racheter quand il n’y en a plus. Il n’est d’évidence pas produit sur place avec le lait des animaux de la ferme. S’il n’y a pas de vache, c’est parce que c’est trop compliqué à mettre en œuvre ; Juliette a expliqué pourquoi, j’ai oublié.
Le pain est fabriqué et cuit sur place avec une farine achetée à un producteur bio local : un champignon a ruiné la production des blés de cette année les rendant impropres à la consommation humaine.
Aux repas du midi et du soir, sont préparés les légumes récoltés le matin ou la veille avec des graines, des céréales et le sempiternel pain. La viande est rare parce qu’issue exclusivement des animaux de l’exploitation conduits à l’abattoir. Nous étions néanmoins en période exceptionnelle vu que nous avons eu trois fois de la viande : des saucisses type merguez, de l’agneau, du chevreau. Simplement parce que les morceaux de l’an passé devaient être mangés avant l’arrivage des morceaux de cette année.
Voici quelques plats particulièrement beaux et originaux :
Salade de carottes et purée de betteraves
Salade mêlée et graines
Salade en laitage( ?) avec des galettes croustillantes de je-ne-sais-quoi.
Il y a soit fromages, soit dessert, en alternance. Le plateau des premiers est évidemment constitué des fromages fabriqués sur place en variation de frais à secs voire très secs et les quelques expériences plus ou moins réussies. Les desserts ont ce côté rustique auquel je suis habituée puisque je cuisine dans ce registre.
Celui- ci était particulièrement savoureux :
Mousse de fruits rouges sur biscuits craquant.
Les fruits sont très rares et c’est dommage. Les arbres ne donnent –ils pas suffisamment ? Parfois, j’ai entrevu des prunes, des mûres. Et puis, je suis allée me servir dans les buissons quand l’occasion se présentait.
L’eau est la boisson habituelle ; certains achetaient des vins et il était plaisant de s’en voir proposer spontanément. Buvant très peu, quasiment pas, j’ai descendu quelques verres à chaque occasion ; le vin étant pour moi un lien aux autres, en partage, c’était naturel (mes quantités restent toutefois très infimes, je suis plus goûteuse que buveuse).
En fin de repas, il y avait café et thé. Là, aussi, je buvais du café comme jamais… parce que figurez- vous qu’en mangeant légumes, crus ou cuits, céréales, pain et fromages, nous étions TOUS d’accord pour affirmer que nous mangions trop ! Je prenais donc quelques gorgées ne supportant ce breuvage qu’après un repas copieux.
Outre cette sensation de manger plus que de raison, la satisfaction était de mise. Bien sûr, les cuisiniers sont des professionnels formés dans ces cuisines spéciales bio et Cie, les produits d’excellente qualité, à profusion, couleurs, parfums et goûts fort agréables. J’étais heureuse de quelques découvertes, j’observais les préparations et mélanges, je savourais. Certes. Je tiquais cependant sur la place du pain à mon avis trop importante surtout auprès des enfants qui pour certains ne se nourrissaient que de lui ou encore du systématisme du fromage. Je souris également sous cape quand j’entendis la végétalienne se plaindre de ses kilos en trop après avoir revendiqué son désir de voir tous les humains manger végétalien ou encore d’autres s’émerveiller des bienfaits du régime alimentaire des Amanins … mouai… - J’ai vu de nombreux séjournants ramener des produits extérieurs en goûter, dessert, complément, remplacement- De toute façon, quiconque prend le temps de se pencher sur son alimentation peut facilement manger ainsi en multipliant les légumes, préférant les légumineuses à la viande, privilégiant la qualité à la quantité, en changeant quelques habitudes.
Je voulais rester sur la nourriture proposée et je fus heureuse de constater que mon garçon ne me demanda absolument rien (Bon d’accord, il a mangé en douce les bricoles plus ou moins prévues pour le retour). Il était également possible d’acheter des boissons ou des extras à la boutique, aucun de nous deux ne s’y plia, nous n’en avions pas besoin. Je félicitai mon garçon de ne pas avoir réclamé quand certains recevaient spontanément ; il ne m’a pas non plus laissé d’ardoise, ouf ! (d’autres ne se sont pas gênés).
Si la question de l’alimentation m’interpelle, je n’ai aucune certitude hormis celle que chacun a à trouver ce qui lui convient. Ce qui est bon pour l’un ne l’est pas pour l’autre… et aux Amanins, je n’ai pas réellement supporté l’alimentation. Trop de pain que je limitai naturellement, trop de laitage, pas assez de protéines, pas de fruits… ? Que sais-je ? Toujours est- il que j’explosais sur mon visage plus que d’habitude, que je passais des longs moments aux toilettes à tenter de soulager mon système détraqué. D’aucuns me parleront de purge… Je doute. A peine rentrée à la maison, retrouvant mon régime spontané, je me sentis de suite mieux sur bien des plans.
D’autre part, ne consommer que sa production ou local est limitatif et je ne suis pas certaine que nombreux soient ceux qui accepteraient de renoncer à des produits venus de loin. J’aime les pamplemousses, les citrons, l’huile d’olive, les abricots et les pruneaux secs, le chocolat… toutes ces petites choses inévitablement venues de loin. Ne manger que pommes de terre, carottes, choux en hiver est- il envisageable quand nous avons le choix ? Certains salariés du site évoquaient la monotonie des repas hivernaux malgré les recherches variées des cuisiniers, leur ras-le-bol des produits incessamment mis sur la table pendant plusieurs mois, la joie de retrouver les aliments plus classiques de leur vie privée.
Manger n’est décidément pas un acte anodin.