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Par fée des agrumes
Ce livre date de 1948 et pourtant, il est d’une actualité perpétuelle au regard de l’attitude dilapidatrice de l’humanité prétendument moderne. J’en ignorais complètement l’existence et ce fut Pierre Rabhi lors de la conférence où je le rencontrai qui l’évoqua. Ni une ni deux, la fée ne se satisfit pas de son ignorance et illico presto, je le commandai- facilement- sur le net. Je l’ai lu en août 2009, c’est dire le retard immense de mes comptes- rendus de lecture.
Ecrit au lendemain de la seconde guerre mondiale, l’auteur annonce en introduction que le sujet de son ouvrage est une guerre lente, silencieuse et meurtrière, au désastre final bien pire, celle de l’homme CONTRE la nature.
« La nature représente en réalité la somme totale des conditions et principes qui influencent ou plus exactement conditionnent l’existence de tout ce qui a vie, y compris l’homme lui- même. Le but de ce livre n’est pas seulement d’établir le bien- fondé de cette définition, mais encore et surtout de montrer que, si nous continuons à faire fi de la nature et de ses principes, les jours de notre civilisation sont dès maintenant comptés. »
Dans un premier temps, il fait un constat général, de l’immensément grand à l’infiniment petit :
- la planète, minuscule, jusqu’à présent la seule connue dans l’univers capable d’engendrer la vie
- l’apparition récente de l’homme, son accaparement des ressources, l’explosion démographique
- les conséquences de l’activité humaine : épuisement et érosion des sols du fait d’une pratique agricole irrationnelle en rupture totale avec le cycle de la vie micro- biologique, extermination d’espèces animales et végétales avec les déséquilibres et l’appauvrissement de la biodiversité,
- l’illusoire et vaniteuse solution que présente une certaine science soit- disant toute puissante, protectrice, rassurante et salvatrice
- la dégradation micro- biologique des sols engendrant la dégradation de la valeur nutritionnelle des aliments, et logiquement, la lente, silencieuse, insidieuse détérioration de la santé humaine (note spéciale : apparition de maladies nouvelles dites dégénératives… là est confortée mon intuition irrationnelle que la maladie de Devic est due à une pollution générale).
Dans un second temps, il fait le tour des continents :
- L’Asie (Moyen- orient, Inde): apparition de l’élevage, de l’agriculture, des villages et villes, le berceau de la civilisation transformé en désert du fait de l’exploitation abusive et aveugle des ressources, le malheur de l’homme se ruinant lui- même.
- Bassin méditerranéen et Afrique : appauvrissement des sols et des ressources en Grèce alors même que ces derniers avaient permis une civilisation particulièrement brillante à l’Antiquité conduisant actuellement ce pays à une extrême précarité, destruction de la forêt en Turquie, en Palestine (rappel : Israël naissait à peine), choix agricoles désastreux en Egypte en plus d’une population en grande augmentation, érosion fatale en Afrique du Nord où résistent seulement quelques zones où sont plantés des oliviers, des troupeaux de nomades en surnombre qui en arrachant les végétaux contribuent à faire avancer le désert, abandon des jardins cultivés en terrasse, implantation de méthodes agricoles souvent à mono culture dans les pays africains, exploitation des ressources du continent par les occidentaux au mépris des populations locales avec pour seule loi l’argent.
- La Russie : bien qu’immense, elle possède peu de terres propices à l’agriculture et bénéficie de peu de pluies, ses forêts et matières premières sont pillées d’autant que la forte majorité de conifères présente ne favorise pas un sol fertile, la terre noire de l’ouest est surexploitée, grandes plaines et vents favorisent l’érosion… En 1948, l’auteur s’interroge sur l’efficacité de la politique choisie en Urss quant au collectivisme, à la modernisation de l’agriculture et de l’industrialisation par l’Etat. Il remarque qu’à cette date, proportionnellement, Etats- unis et Urss ont la même surface de terre utilisable pour la culture proportionnellement au nombre d’habitants. Il ne présage rien de bon aux nord-américains en raison de la privatisation généralisée et de l’absence de coordination de l’utilisation des ressources sur le plan national. Les Etats- Unis dilapident et exténuent leur territoire se préparant un désastre bien pire que la guerre.
- Europe, Angleterre et Australie : l’Europe occidentale a préservé sa terre pendant des siècles; bénéficiant d’un climat favorable, des générations de sédentaires ont sauvegardé le jardin qui les nourrit. Certaines zones ne sont certes pas à l’abri de l’érosion comme les plaines littorales et les contre- bas de chaînes de montagne (Osborn explique le déclin des romains du fait de l’appauvrissement de leurs terres agricoles trop érodées). Seulement, une terre peut nourrir un nombre donné pas plus et les humains, malheureusement, préfèrent souvent combattre la nature pour la forcer à produire plutôt que de s’adapter (Seul le Japon a su protéger ses petites terres cultivables par un soin intelligent, méticuleux) L’Espagne a été dévastée par la préférence accordée aux bergers transhumants au Moyen- âge et le déboisement engendrant l’érosion des sols. En France, le risque d’érosion est lié au découpage des parcelles, les pluies détruisant la fertilité des sols mal orientés (se souvenir que ce livre est publié avant le remembrement). L’Angleterre protégea ses terres fertiles par des règles de succession à l’aîné et ses haies pendant des siècles, mais certaines zones souffrent de l’érosion par ruissellement et dans les années 40 déjà les inquiétudes se manifestent quant à la dégradation du sol, des ressources. En écho, d’emblée, les exemples de l’Australie et de la Nouvelle- Zélande ont de quoi inquiéter car six générations ont suffi pour anéantir le sol (déboisement, défrichement aux conséquences catastrophiques, élevage intensif des moutons, fléau de l’introduction des lapins…)
- Le continent américain : l’augmentation de la population et un mauvais usage du sol ont transformé des zones entières en désert, les ressources naturelles sont gâchées, dilapidées (voir l’exemple des Mayas, du Mexique), le sol en érosion, la déforestation- surtout celle des forêts primitives, l’élevage et la destruction de la faune sauvage contribuent à la désertification. Pour Osborn, les Etats- unis sont le pays de la grande illusion : destruction des forêts et de la faune, gaspillage de l’eau, surexploitation des terres sur d’immenses espaces sans arbres ou haies retenant les sols fertiles, monoculture, élevage intensif, un drame s’y prépare digne d’un suicide collectif.
En conclusion, il rappelle notre dépendance à la terre, qu’il est plus que temps d’accepter que nous sommes comme tous les êtres vivants une partie intégrante d’un vaste ensemble biologique. Il va de la survie de notre civilisation (et de notre espèce) de se mesurer quant à notre augmentation, notre exploitation de l'environnement. Il est temps de sortir de l’ignorance par apathie ou soumission. La technologie, nos connaissances, nos inventions, notre intelligence nous donnent les moyens d’en finir avec cette spirale suicidaire. En l’occurrence, quand des catastrophes surviennent, les humains sont capables de s’organiser pour remédier aux erreurs en coopérant, en collaborant entre eux et avec la nature. Il est urgent de comprendre le processus des forces naturelles.
J’ai essayé de résumer au mieux l’ouvrage selon mes capacités car le livre est très riche et grouille d’exemples. Sa publication ancienne rend certains points obsolètes du fait des changements politiques et des découvertes plus récentes. En outre, il me semble important d’avoir suffisamment d’esprit critique, voire de connaissances pour pouvoir faire la part de ce qui, aujourd’hui, est connu, vérifié, ce qui a été/ est remis en question, ce qui est encore en suspens, ce qui a été complètement écarté. Il importe également de le situer constamment dans son contexte historique. Certains points restent d’actualité et ont même dépassé ses pires prévisions, d’autres ont viré sur d’autres voies qu’il ne pouvait soupçonner au regard de l’environnement de l’époque. Souvent dans les marges, j’ai écrit au crayon « Et en 2009 ? » n’ayant pas les connaissances précises sur le sujet.
Par ailleurs, je suis souvent restée dubitative et perplexe surtout devant la généralisation de ce comportement destructeur. Certaines cultures, traditions, représentations du monde connaiss(ai)ent les notions d’harmonie et d’équilibre avec la nature, ceux qui adhèrent à ces ensorcèlements la respectent, mesurent avec humilité la place de l’être humain dans un tout en fragile équilibre. Bien des philosophies, des pensées, des modes de vie l’attestent. Après tout, ce livre dénonce le mouvement irraisonné d’une part d’humanité cupide, avide, orgueilleuse, qui se croit au- dessus de sa nature fragile de par son intelligence hyper- développée et les pouvoirs qu’elle lui confère grâce aux technologies mises au service de l’insatiable soif de possession, domination, illusoire puissance ; ce livre dénonce également l’ignorance où se trouvent les masses, l’inertie et la passivité de ceux qui savent et font mine de ne pas savoir. C’est à l’éveil des consciences qu’il appelle et à l’action urgente nécessaire pour enrayer le désastre qui attend l’humanité.
Dédié à tous ceux que l’avenir inquiète, je préfère le dédier à ceux qui refusent la fatalité, la soumission et choisissent d’agir afin de ne pas contribuer à la frénésie dilapidatrice aveugle et suicidaire. S’engager est le minimum que nous puissions faire pour remercier la vie de tout ce qu’elle nous donne, clame Christiane Singer. La mortification engendre destruction et mort, la vie, elle, engendre la vie et c’est là que je réside, ainsi, je fais ma part, aussi minuscule soit- elle.
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