Partager créations, expériences et réflexions.
Portée par un instinct, une force de vie venue de mon creux, je me suis lancée, au retour de l’hôpital, en 2007, dans une frénésie créative dont les résultats aujourd’hui me laissent pantoise. Je supportais la chimiothérapie, les transports incessants, l’enfermement et l’isolement dans cette maison, percluse dans les conflits incessants, je luttais âprement pour retrouver la marche, j’étais très mal voyante, comment ai-je pu produire toutes ces choses ?
J’avais commencé à l’évoquer ici et là puis bousculée dans mes projets de publication, le fil s’est perdu ; j’y reviens en balance des derniers textes mortifères.
La galerie des productions improbables repart. Heureusement que je tiens un cahier de mes créations pour m’y retrouver! En avant ! En avant !
Mars 2007, j’ai tricoté un béret pour mon amie Sandrine des Vosges, en aveugle ; malheureusement, je ne peux vous montrer de photo car je n’en ai pas ; je le lui ai envoyé avant d’avoir l’appareil, tant pis. Un jour peut-être. Il est gris avec un colimaçon lie- de- vin, elle en fut ravie.
Dans la même période, j’ai encadré des idéogrammes chinois peints avant d’être malade. Cette tâche en son temps m’avait demandé une grande concentration, des essais répétés. La calligraphie chinoise est un art difficile d’autant qu’il s’agit d’utiliser des pinceaux spécifiques tenus d’une façon particulière peu coutumière dans notre culture. Entre traits vifs et appuis différents, j’ai usé plusieurs feuilles de papier de riz avant de trouver un équilibre suffisant à mes yeux de néophyte. Estimant que mes trois plus belles réussites méritaient mieux que de traîner au fond d’un tiroir, je m’attelai à les encadrer au mieux. Du bout de mes doigts, je choisis les papiers, reportant certains choix de couleurs à la nuit quand mes yeux m’empêchaient d’en juger véritablement à la lumière du jour. Rouge, argent, noir. Découpage minutieux au cutter ; c’est plus compliqué que cela n’en a l’air surtout que je n’y voyais rien. Finalement, le plus difficile a été de trouver des cadres adaptés à mon idée.
Je les ai laissés dans la maison, ils me manquent affreusement…
Beaucoup ne mesurent guère l’effort fourni pour arriver à un résultat ; il y a tellement de babioles à bas coût dans tous les magasins fabriqués en série, à la machine, à la chaîne...