Partager créations, expériences et réflexions.
Après le cauchemar de Darwin et Soleil vert, voilà un petit panel de mes curiosités alimentaires du mois de mars. Elles me rappellent combien nous avons la chance de pouvoir manger à notre faim chaque jour sans que toutes nos pensées ne soient préoccupées que de cet objectif vital et quel privilège inestimable est celui de pouvoir farfouiller de ci de là dans une grande variété de produits.
Je reste fidèle à ma volonté de réfléchir chaque repas dans son aspect ecolonomique bien que cet engagement se frotte à d'autres volontés en quête de « confort » par un minimum de main d'œuvre, de saleté et de gain de temps. Je crains que cette incompréhension persistante n'ait aucune issue, les ensorcellements du monde étant décidément trop différents, la rigidité trop envahissante, le dialogue rejeté à cause de principes stricts rassurants certains angoisses inavouées. Je fais donc ma petite cuisine dans mon coin, offerte à qui en voudra.
En préparations initiales :
- Jurassienne ramenée par l'amateur de rapide accompagnée de scarole aux graines germées et de cotes de bettes fondantes à souhait. Ils ont préféré d'autres accompagnements que j'ai oubliés, des pâtes ? J'ai préféré de loin mes petits légumes.
A propos des graines germées, lors de notre virée au zoo, j'ai entendu parler des intoxications violentes dues aux graines germées. Bien que les aimant beaucoup, j'ai été refroidie dans mes envies d'en gloutonner chaque jour. J'y reviendrai avec plus de modestie dans les quantités, c'est apparemment quand elles sont mal rincées ou trop vieilles qu'elles peuvent provoquer des réactions particulièrement violentes.
- Filets de harengs fumés avec des pommes de terre vapeur, des cornichons et de la mâche, un régal dont je ne lasse pas. Les harengs en voie de disparition dans les années 70 sont à nouveau abondants parce qu'ils sont protégés. Ils ne font pas partie des espèces en danger, ouf !
- boudin noir et ses salades chaud- froid aux graines de lin. Slurp, en plus, le boudin est une source de fer ce dont chaque femme manque très fréquemment. Il parait que les français mangent de moins en moins de ce genre de viande privilégiant les beaux morceaux (filets, entrecôte etc.) Et comment pourrons nous nourrir tout le monde si chacun ne veut que des biftecks ? Savez- vous que la production d'aliment pour les animaux d'élevage dans le monde est plus importante que la production de végétaux alimentaires pour les humains ? Une honte non ?
- Riz aux crevettes thaï au citron avec épinards et mâche. Les crevettes en général ne sont pas surexploitées, il n'y a que celles d'une région mais j'ai oublié laquelle, flûte.

- colombo à la dinde petit plaisir que je me paye de temps à autre avec une patate douce et des cristophines, du riz. Miam miam, c'est bon, ça sent les îles et ça pique la bouche avec des saveurs exotiques. Je me régale.
- fruits de mer au curcuma avec du riz ; je n'avais pas envie de faire ma paëlla express, j'ai simplifié en cuisinant les fruits de mer à la sauteuse avec de l'ail et du curcuma, une casserole de riz, des épinards, basta !

- merguez avec du couscous au chanvre si délicatement parfumé, et une casserole d'haricots verts et de la purée de brocolis. Je me suis trompée de sachet dans le congélo alors, j'ai eu une espèce de mélange improbable qui a finalement été entièrement mangé sans histoire.
- alors qu'il n'avait pas le temps, il engloutit un sandwich acheté tout prêt avant notre retour; étrangement, sur le même temps, je me suis réchauffé une daurade au four avec une poêlée de poireaux et du riz. Nous avons mangé quasiment en même temps. Sans commentaire, ça me dépasse.
- quand je suis seule, je me prépare ce que les autres n'aiment pas. Ma mère nous a appris à nous faire plaisir en mangeant même quand la solitude est là, merci Maman ! Ainsi, toute seule, je me fais mon foie de veau extra frais si fin en bouche, mes salades en pagaille avec des légumes, des graines, des oignons rouges ; je m'occupe à écouter la radio, à lire, à faire des exercices de langue ou à bidouiller un truc pour ne pas engloutir l'assiette en 10 minutes. Le sentiment d'être rassasié arrive au bout de 20 minutes ; en mâchant tranquillement et en m'occupant, je m'évite de quitter la table avec cette envie débile de butiner à gauche ou à droite e attendant cette satiété.
Il y eut un excellent goulash à la hongroise mijoté trois heures préparé avec le paprika venu directement de Hongrie, cadeau de mon amie Ester de Budapest. J'ai fait sa recette et c'est en pensant à elle, si loin désormais que je le dégustai. Quand la viande fut mangée, il me restait beaucoup de tomates et de sauce , j'ai veillé à renouveler le plat le temps nécessaire jusqu'à disparition. Inévitablement, au bout de deux jours, je me retrouvai seule à finir ces variations puisqu' elle prenait une allure de végétarien : ajout de haricots rouges et de courge avec de la polenta, en soupe à la turque en y ajoutant du piment... j'avais de quoi me nourrir presque une semaine. C'est incroyable de penser qu'il n'y a pas si longtemps, la majorité des occidentaux mangeaient toujours la même chose sans se poser de questions, c'était une chance de ne pas avoir faim. En plus, comme j'aime à le raconter aux étrangers choqués par l'égoïsme de nombreux français, autrefois, il y avait toujours une soupe et une place dans la grange pour les voyageurs. Maintenant, la France a peurrrrrrr.
Il y eut forcément mes tentatives de remplacement des protéines animales avec haricots rouges, courge et polenta, millet et haricots cocos roses, spaghetti au sarrasin et quinoa avec des haricots secs, de la salade ou haricots blancs et semoule au chanvre. Comme certains ne peuvent se passer de leur ration coutumière, je me retrouve à brasser ces préparations dans mon coin pendant qu'ils mangent des döner kebab ou des pizza achetées. Un soir que nous faisions le calcul du coût du repas et de l'impact carbone, les chiffres furent particulièrement éloquents ; il est des préjugés et des habitudes à la vie plus dure que des évidences concrètes.

Dans la rubrique soupe, j'ai varié les arrangements afin de finir les restes sans en avoir l'air. C'est parfois du sport, je vous assure.
- variation du pot- au- feu en ajoutant des légumes dans le bouillon vidé de ses premiers ingrédients ou encore un gendarme séchant au frigo découpé en cube et grillé à la poêle pour accompagner des pommes de terre.
- restes de riz dans du jus de tomates avec des lentilles corail
- variation autour du goulash avec tous les restes des variations précédentes, entre polenta, haricots, tomates, courgettes et carottes, une de ces soupes terribles où je mets tout ce qui traîne en trop petite quantité pour faire un repas.
Parmi les expériences aventureuses, il y eut des petits feuilletés au chèvre et épinard, une tarte fine et un « gâteau » aux abricots.
Pour les premiers, j'ai mélangé le fromage de chèvre coulant et trop fort que personne ne voulait à des épinards puis je les ai roulé dans des feuilles de briques et à la poêle ! C'était fort, d'accord, mais il n'empêche qu'ils ont été mangés et le fromage n'a pas fini à la poubelle.
Avec les deux dernières feuilles de brick du sachet, je les ai posées en fond de tarte garnies avec de la moutarde, du concentré de tomate, du fromage, des olives et un appareil œuf/ laits chèvre et soja. Cuite au four en un quart d'heure, personne n'en a laissé la moindre miette.
Quant au « gâteau » aux abricots, j' ai décongelé les fruits et les ai arrangé dans un plat, parsemé d'amand
es effilées. Par-dessus, j'ai versé une mixture des plus aléatoires avec le jus des fruits, du sucre complet, des œufs, de l'huile, de la fécule de pomme de terre, des farines de sarrasin et d'épeautre, de la poudre de noisette. Sa mine grossière n'était pas très attirante et pourtant, croyez- moi, il a fait fureur même parmi les adeptes des pâtisseries raffinées et industrielles ! je suis contente de mon coup...
Bref, encore de nombreuses expériences et un travail de longue haleine pour tenter de mesurer notre alimentation. « Après moi le déluge » disait Louis XV lucide sur la suite de la monarchie après sa mort. Je ne suis pas de ceux qui foncent tête baissée dans le mur sous prétexte que c'est « comme ça » et qu' « on ne peut rien y faire ». Chacun de mes plats est un poème, un hymne à la vie et au respect que je lui voue.
Dans la haute gastronomie, mon camarade chauffeur de taxi joue sur des registres plus élevés, je salive en l'écoutant, nous discutons ardemment de nos curiosités et mine de rien, nous nous entendons à merveille. Si un jour il m'invite à sa table, je me réjouirai de manger ses préparations recherchées... quoiqu'un bon cassoulet me fera autant plaisir.
ps: les photos ne sont pas terribles.. enfin, mes plats ne brillent pas par leur esthétisme, de toute façon hihihi ![]()