Partager créations, expériences et réflexions.
Préambule : la musique est là en bas, à droite en rouge (il y en a pour des heures !). Je la mets autant pour moi que pour vous, ces lecteurs sont d'un pratique ! J'ouvre un onglet qui ne bouge pas et j'ai ma musique pour toute la journée...)
Voilà une équipe qui me tient à cœur ! J'ai découvert les films de Kusturica presque par hasard et j'en suis folle ; il y règne une telle folie, un tel décalage que je ne peux que m'y plaire. En plus, ce n'est pas américain ou franco- français, c'est un cinéma d'Europe centrale où se montre la richesse de pays trop souvent négligés et ignorés. carrefour de cultures et d'histoires. Mon âme est slave et cosmopolite de cette Europe, ce monde multiculturel où les xénophobies n'ont pas de place (je sais, je suis utopiste) ; le choix de mon métier est dans cette lignée et certainement pas dû au hasard. La musique des films m'avait de suite plu, trainante, lancinante puis explosive et pleine de vie. Je ne savais pas qui la faisait tout en y pressentant la trace des tsiganes.
Il y a quelques années, j'avais un petit groupe de stagiaires membres d'une équipe de handball locale, roumains et tchèques (stagiaires désignent les « élèves » plus justement parce que nous ne sommes pas dans une école entre prof et enfants mais les acteurs de formation entre adultes ) ; l'une des femmes me parla de Brégovic quand je lui dis aimer les films d'Emir Kusturica. «Il y règne toujours un parfum d'étrangeté » me dit- elle de ces films. Oh, oui et c'est bien ce qui me plait. Elle m'apporta une copie d'un disque, Kayah et Brégovic, une chanteuse tchèque et les musiciens de Brégovic. Je me régalai sans fin de ces musiques.
Nous en parlâmes tant et tant pareillement avec Esther, hongroise de Budapest qui vibrait comme moi aux sons des violons tsiganes. (Oh ! tu me manques tellement Esther !) Je pense aussi à Minela, venue de Serbie et de minorité roumaine arrivée en France à 15 ans et si bousculée par la vie ici, son courage et sa ténacité ( elle a réussi à faire un BTS quand même alors qu'elle ne parlait pas un mot de français en arrivant), à Slavija, de nationalité française élevé par ses grand parents en Serbie et revenu en France pour terminer ses études d'ingénieur, à cette famille de Roms bosniaques musulmans qui se débrouillait tant bien que mal avec qui je me régalai de leur langue mélange de mots typiques, de turc et de russe , de cette jeune femme avec qui nous disions notre incompréhension face à la guerre en ex- Yougoslavie. Parce que oui, personne n'a compris mais tous ont souffert.
J'ai vu ce film de Canal + Résolution 819 sur les massacres de Srebrenica et j'ai encore pensé à cette incompréhensible situation. Avez- vous déjà vu une carte de la région ? Cet enchevêtrement de cultures, de langues, de religions ? Ils ont pourtant vécus des années ensemble. Bien sûr, il y eut des guerres, des massacres, des querelles, des incompréhensions tout au long de l'histoire m'enfin, qui aurait pu imaginer une telle situation à deux heures d'avion de Paris à l'aube du XXIe siècle ? A cette époque, nous savions ce qu'il se passait sans savoir quoi faire. Bien sûr, nous en parlions, bien sûr, j'ai manifesté contre la guerre en Bosnie, bien sûr, j'ai pris connaissance de ce qui se faisait parmi un collectif d'étudiants... et rien de plus. C'était de la barbarie orchestrée par des voyous, l'impuissance de la communauté internationale... Emir Kusturica dit encore aujourd'hui qu'il a été traumatisé, qu'il n'a pas compris ce qu'il s'est passé. Pourquoi tant de haines entre des peuples frères ?
« Bah, ce sont les politiques ! » répondait inlassablement un de mes stagiaires bosniaques en balayant l'air de sa main dans un geste de lassitude.
Alors, je me dis que nous ne sommes pas des politiciens, que nous nous parlons et nous écoutons, que nous partageons des goûts communs pour des musiques de l'âme, que je suis fière de mêler dans mes groupes des populations de tout horizon, de toute confession, de faire se parler des populations de tout acabit et de tout milieu.
Oui, je suis fière de lier les humains dans un esprit de tolérance à ma petite échelle, envers et contre tout. .
La musique adoucit les mœurs et j'en fais un usage intensif.
Vivement que je retourne travailler ! C'est un métier,, une vocation, un engagement, un pan entier de ma personnalité, à l'échelle de mon humanité. Comme je vous le raconterai un de ces jours, j'ai cette chance de pouvoir espérer y retourner. Heureusement.
En attendant, j'écoute les musiques du monde que les stagiaires m'ont fait découvrir et je trépigne de retrouver ce petit monde ouvert et multicolore.