Partager créations, expériences et réflexions.
Quand je me retrouvai en rééducation, je fus surprise du calme qui m'entoura après les sept jours d'agitation d'avant la première cure. Je dormais tout mon saoul, les autres se greffant à mon rythme. Solange passa me voir et elle pesta contre la sonde permanente : il était hors de question que je gardasse cette cochonnerie ! Elle pensait à la suite, il fallait préserver ma vessie à tout prix et continuer les sondages intermittents cinq fois par tranche de 24 heures. Petit tour rapide de la question : comment me sentais-je ? fatiguée, nauséeuse ? ... Euh, non. Bien, le traitement était supporté par l'organisme.
Je ris des précautions prises autour de moi, incrédule, « puisque je vous dis que ça va ! »
Car oui, j'allais bien.
Pour la première fois depuis plus de six mois.
Je sentais en moi un changement incroyable comme si tout à coup, une troupe d'élite était entrée jusqu'au plus profond de mon corps avec mission de bloquer l'ennemi destructeur. Mon propre ennemi, mes propres cellules.
Un calme, un soulagement.
Je soupirai d'aise et remerciai à tout vent en silence pour ce répit, cette accalmie, cette sensation formidable de ne plus choir dans l'abîme de l'auto destruction fatale.
Etait- ce un matin réel ? Je ne m'en souviens plus. Je garde le souvenir d'un éveil après une longue nuit froide, terrorisante et affreuse, une nuit de cauchemars abominables dont je n'arrivais pas à m'extirper.
Une quiétude profonde.
J'attendais le jour de la visite de mon garçon et de SeN avec impatience ; je me sentais trépigner d'aise à l'idée de leur parler de cette accalmie, de ces effets merveilleux. Du sentiment que la maladie avait été arrêtée net dans les quelques jours suivant la première perfusion.
Sentant que je pouvais envisager une perspective, je me mis à élaborer des projets, concrètement : me donner à fond dans mes créations et mes travaux en retard, trop longtemps repoussés par les tâches quotidiennes avant, par la maladie après. Je commençais à faire des listes de ce que je voulais avoir près de moi : des livres, un radio réveil, mon patchwork, et tout et tout selon les avancées. Au téléphone, SeN prenait note de mes demandes chaque jour plus longues.
La position debout sur le verticalisateur devint un jeu d'enfant. Marie me faisait travailler avec des ballons, des bâtons que je repoussais, retenais de mes mains. Après quelques séances, elle me déclara tout sourire que nous allions passer à autre chose, c'était trop facile pour moi. Youpi !!!!!!! Bien qu'ayant toujours essayé d'avoir un bon mot pour chacun, je parlais de plus en plus, de bon cœur et le sourire aux lèvres, non plus de ce sourire las et triste, celui d'un cœur qui reprend pied dans la vie.
Dans la même lignée, grâce à Noémie si généreuse et dévouée, je reçus un fauteuil électrique, le précédent trop lourd n'avait plus lieu d'être, je pouvais retrouver un peu d'autonomie. Quand les brancardiers venaient me chercher, ils ne me poussaient plus, je filai droit devant, toute seule comme une grande. Cela ne m'empêcha pas d'avoir une conversation très intéressante avec l'un d'eux, un monsieur antillais qui fredonnait de sa voix grave . Je lui ai dis qu'il me ramenait au gospel, au jazz, à Louis Armstrong ; il fut touché car il était musicien, saxophoniste et féru de musique noire justement. Il me demanda si j'étais musicienne ( non, fatalement, je vous raconterai à l'occasion) puis si je connaissais un peu, je lui parlai des voix de femmes que j'aimais : Billie Holliday, Nina Simone, Etha James, Aretha Franklin, du gospel qui me remue les tripes, porteur des espoirs de ces populations profondément humiliées, outragées, blessées... Désormais, chaque fois qu'il me chercha ; il chanta pour moi. Veinarde !
Je faisais des pointes de vitesse dans les couloirs, je tentais des dérapages, je freinais, tournais et dansais avec le fauteuil. Quand j'allais quelque part, j'aimais raconter que je me croyais dans la guerre des étoiles ! Dark Vador, R2D2, Leila, Luke Skywalker, Obi Wan Kenoby, Yoda, et surtout Z-6Po dont nous avons recherché le nom tous ensemble.
En ergothérapie, nous pensions, Noémie et moi, commencer le travail en chambre. Vu l'évolution, il fut évident que je descendrais au service directement. Je retrouvai toute l'équipe avec grand plaisir ; entre Maud, Lorette, Noémie et Myriam, je ne pouvais qu'être bien. J'y fis la connaissance de Mathilde, jeune stagiaire poitevine passionnée par ce métier dont elle terminait la formation. Il était temps de commencer la mosaïque ! Elle me coupa la planchette consciencieusement car c'était une tâche impossible en ces instants. Je tenais assise pas encore debout, je pouvais me déplacer en fauteuil, pas encore faire les transferts. Elle se dévoua avec la scie et les serre-joints. Je reportai le motif choisi au carbone et la technique me fut expliquée : coller d'abord les pièces sur la planche puis au final, passer le joint, simple dans le principe. Ce fut parti... et je plongeai mes mains et mes yeux défaillants dans la caisse à rebus où se mêlaient des milliers de petits bouts aux couleurs multiples. Ola, dans quoi m'étais- je engagée ? Et pourquoi n'y arriverais- ja ? Non mais !
Oui, il se passait quelque chose.
Dans la chute, j'avais trouvé un marche- pied où m'accrocher pour remonter cette paroi raide et accidentée. La tâche est rude et ardue, le jeu en vaut la chandelle ... et je n'étais pas seule, bien au contraire.
C'est tout ce dont j'avais besoin. .