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12 mai 2014 1 12 /05 /mai /2014 20:20

J'ai évoqué l'état de ma mère lors de fêtes de fin d'année. Ce n'était rien par rapport à ce qu'elle vivait réellement avec sa manie de cacher, de ne rien dire ou alors d'une telle façon qu'elle me devient agaçante. Depuis des mois, elle était traînée d'un spécialiste à l'autre, prenant tel médicament pour ci, tel autre pour ça aux interactions plus ou moins malheureuses et résultats peu concluants. Elle multipliait les examens et les avis, ironisant ou s'énervant sur l'attitude des médecins tout en continuant de se laisser porter, se plaignant de futilités ou médisant sur les uns, les autres, se fâchant avec un tel ou une telle, ne respectant pas les consignes données par les soignants. Elle n'écoutait rien de ce que ma sœur et moi lui disions, n'entendant pas nos inquiétudes ou les balayant d'un geste, d'un mot. J'étais démunie prise entre son vécu et les discours de ma sœur noyant ses angoisses dans l'agressivité ou le cynisme. Finalement, l’oncologue se décida à l'envoyer voir un neurochirurgien parce qu'il ne trouvait pas de réponse diagnostic; quand ce dernier vit son dossier et son état, il l'hospitalisa d'urgence sans lui laisser le temps de rentrer récupérer des affaires. Partie pour une consultation, elle se retrouva coincée à 60 km de chez elle, sans rien sous la main, ses trois chats et son chien seuls à la maison sans organisation, ses activités du matin suspendues dans l'attente de son retour au soir. Ma sœur est écrasée par ses problèmes de santé, ses difficultés sociales et son travail et n'a pas de permis. Devinez donc qui donc se retrouva à courir partout pour s'occuper de ce beau monde?

Pendant plus d'un mois, ma mère fut prise en charge. Elle avait un nerf coincé au niveau du sacrum, syndrome de la queue de cheval et tellement d'ostéoporose qu'elle se tassait sur – elle même: opération pour décoincer le nerf, toute une ligne de broches posées sur la colonne pour être redressée et maintenue, rééducation en hôpital une semaine puis trois semaines en maison de repos. Bien sûr, ce fut salvateur et bénéfique. Elle retrouva la marche et la capacité à se mouvoir, à faire les gestes du quotidien seule et mon garçon s'étonna de la voir si ragaillardie. Bien sûr. Seulement, parallèlement, je m'occupais de lui ramener des affaires prenant la route à plusieurs reprises dans l'urgence ou la précipitation, trimbalant fiston et frangine pour chaque expédition avec les demandes de chacun, échangeant les courriers, réglant des administratifs effarants, épongeant des dettes et des impayés PLUS les animaux.

Un voisin sortait le chien de temps en temps, j'y allais deux fois par semaine majoritairement seule parce que celle- ci était épuisée ou celui- là trop occupé. Je promenais le vieux chien pendant une bonne heure, nettoyais l'appartement ravagé par les animaux restés seuls pendant des heures voire des jours, nourrissait la ménagerie avec ce que j'avais acheté avant de venir et ramassais tout ce que ma mère avait laissé traîner depuis des mois. Je descendis dix sacs poubelles de déchets, sans compter les sacs de tri, débarrassais les aliments périmés, lavais des kilos et des kilos de linge. Le tout au cinquième étage sans ascenseur. L'une des chattes avait mauvaise mine; âgée de 16 ans, ma mère et ma sœur pensaient qu'elle avait sa première portée ( une première incroyable en plus de 10 ans puisque ma mère a un matou non castré et deux femelles non stérilisées enfermés dans son petit deux pièces). Elle gonflait du ventre alors que ses os saillaient ailleurs, je la trouvai très faible et quand je la laissai le premier jour, j'en eus des remords. Tourmentée, je la ramenai chez moi deux jours plus tard pour la surveiller au cas où elle mettrait bas. Avec mon garçon, nous la lavâmes car elle était dans un état de saleté avancé et prîmes soin d'elle. Au lundi, j'avertis ma mère que je la menais chez le vétérinaire car son état m'inquiétait grandement, je me pris une volée de bois vert. Arrivée chez le véto, le constat fut sans appel: elle ne portait pas mais était en phase terminale de grave maladie. Depuis des mois, un chat vomissait et se vidait, ma mère ne savait pas lequel et n'en s'en était pas inquiétée plus, c'était évidemment elle. Touchées que nous étions la véto et moi, nous prîmes la décision de l'euthanasier afin de soulager ses souffrances. Je ne voulais pas qu'elle vive ce qu'un précédent chien avait traversé, agonisant pendant des mois dans d'atroces souffrances jusqu'à ce que n'en pouvant plus, j'avais sommé ma mère de le conduire chez les vétérinaire où l'euthanasie se fit alors qu'il était véritablement à bout de force et de vie. Je restai près du chat le temps qu'elle s’endormît en la caressant et lui souhaitai bon voyage avant de filer payer. Au retour dans la voiture, je fondis en larmes, débordée par la lourdeur des circonstances. Quatre jours plus tard, j'amenai la deuxième chatte dont ma mère disait qu'elle avait mauvais caractère, une malformation cardiaque et respiratoire de naissance. Un autre vétérinaire l'ausculta et m'expliqua qu'elle avait probablement un coryza chronique ancien ou quelque chose de plus grave, que ses dents étaient très infectées, son état général mauvais, qu'elle nécessitait des soins importants sur la durée. Zou! Piqûre d'antibiotiques de cheval. Cela lui fit le plus grand bien et elle en devint toute différente... jusqu'à ce que le traitement cesse son effet. Une amie très sensible à la condition animale m'aida pour les caser, trouver des solutions afin de soulager et les animaux et ma mère qui n'en veut plus. Comme ils sont vieux et malades, nul n'en veut. Leur vie continue donc comme avant, jusqu'à ce que mort s'en suive?

La veille du retour de ma mère, une équipe de choc des copines de la danse et moi passâmes toute une journée en force à nettoyer et ranger l'appartement. Rentrée, elle rouspéta de nos interventions, prisonnière de ses angoisses, ne se soucia pas plus des animaux qu'auparavant et reprit ses habitudes. Elle me sollicita pour faire ses courses; me cantonnant uniquement à faire le chauffeur, elle finit par trouver d'autres solutions seule, son corps le lui permettant désormais. Pour moi, il était plus que temps car j'étais au bout du rouleau, épuisée et lessivée, physiquement, financièrement. Comme je racontai ces aventures alentour, j'entendis mille fois: « Mais ce n'est pas possible! Il y a des aides, il faut voir avec une assistante sociale, faire les démarches auprès des services sociaux, blabla … » Une amie souleva l'idée que j'étais prisonnière de mes sentiments d'obligation vis- à- vis de ma mère, que j'en tirais la difficultés à demander de l'aide, à lâcher, déléguer. Je la coupai court: « Quand les parents ne peuvent subvenir à leurs besoins, les enfants sont mis à contribution et dans la région, ils vont jusqu'à se tourner vers les petits enfants. Je ne vais pas charger mon fils de cette obligation dès son entrée dans le monde des adultes. Toutes les assistantes sociales contactées ont déclaré ne rien pouvoir faire pour ma mère, quand les soucis d'argent sont devenus trop importants, la banque s'est tournée vers moi. Qu'est- ce que je pouvais faire? Humainement d'emblée et légalement ensuite? En ce qui me concerne, je n'ai pas besoin d'aide, j'ai besoin que chacune des parties fasse ce qui relève de sa responsabilité. Ma mère, ma sœur, mon fils, les médecins, les soignants, les services sociaux. Je fais ce que j'ai à faire parce que j'agis en fonction de mes valeurs et de mon éthique mais j'en ai vraiment marre de tous ces gens qui se déchargent et se déresponsabilisent avec des tas d’excuses toujours bien fondées et justifiées.» Silence pour toute réponse.

Alors, oui, j'en suis là. Chaque année depuis cinq ans, ma mère subit des travers de santé mouvementés avec des hospitalisations, opérations, prises en charges souvent in extremis. Elle laisse en plan son bazar général, ses animaux et s'en occupe qui veut en l’occurrence moi. Toutes les démarches opérées restent lettre morte, ma mère ne franchissant pas certains caps nécessaires parce que tétanisée par l'immensité des tâches qu'elle imagine avoir à surmonter. Il paraît qu'il y a tellement de profiteurs des aides sociales, ce n'est certainement pas chez nous. Malgré ses difficultés, ma mère n'y a pas droit et quand j'insiste, il m'est répondu que je n'ai qu'à m'en occuper moi- même. Bravo! Bonne réponse... déjà que je ne profite pas du peu d'aides auxquelles j'aurais droit. De toute façon, nous n'avons que ce que nous méritons, non? Nous n'avons qu'à être jeunes, riches et en bonne santé.

( à suivre)

commentaires

Magali 13/05/2014 19:39


Elle ressemble tellement aux personnes dont j'ai la charge quotidiennement par mon travail ! Je tombe sur ce genre de problématique très régulièrement.  Mais nous, en tant que
professionnels, on nous écoute quand on appelle à l'aide pour un tel ou une telle. Les AS se bougent, les infirmières viennent voir, les aides à domiciles sont mises en place sans trop de
difficultés.Concernant l'obligation alimentaire des petits-enfants, elle n'est obligatoire que dans le Bas-Rhin, pas dans le Haut-Rhin, si ça peut te rassurer pour ton fiston.

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