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1 juillet 2009 3 01 /07 /juillet /2009 18:35

Les années passées sur les bancs d'université ont inscrit des réflexes rapidement mobilisés dans de telles circonstances : c'était plus fort que moi, je n'ai pu m'empêcher d'inscrire à l'arrière de mon agenda ce qui me semblait important. En plus, j'ai pensé que ce serait une bonne idée d'en faire un article afin de partager cette réflexion trop peu connue du grand public. Voici donc mon petit rapport de conférence tout personnel.

Il s'agit de concilier l'histoire humaine et la nature ou plutôt de la REconcilier. Actuellement, il y a une véritable crise spirituelle parce que nous ne sommes plus inspirés par la vie. Il est temps de dépasser le langage élémentaire (emploi, croissance, etc.). Le monde est une entité reliée, tout est un et nous avons à aller vers quelque chose de plus élevé. Nous avons la chance de vivre sur une planète vivante, la seule peut être dans l'immensité de l'univers, c'est un don extraordinaire dont nous n'avons pas la vision parce que notre conscience n'est pas assez élevée. Nous avons besoin d'être dans une conscience profonde de cette unité alors que l'homme a tout fragmenté avec des barricades, des frontières parce qu'il porte une peur, celle de l'insécurité ce qui logiquement entraine la quête éperdue de sécurité par le pouvoir, l'argent, la possession.

L'écologie est un état d'esprit entier par rapport à l'univers dont l'homme fait partie pour créer une symphonie. Or l'impact de l'humanité a généré des déséquilibres. Déjà en 1949, était publié La planète au pillage d'Osborn,  annonçant tout ce dont nous sommes témoins actuellement. En 1961, Le printemps silencieux de Rachel Carson démontrait déjà la perversité de l'utilisation des pesticides (silencieux parce qu'il n'y a plus d'oiseau).

Qui a lu ces livres ?

Le paradigme technologique a donné des moyens considérables  à l'impact de l'humanité sur l'environnement et l'homme en est grisé, enfermé dans le matérialisme. Il est déconnecté, ne fonctionne plus que par le mental ; il n'écoute plus ni ses intuitions ni ses sens, il est devenu rigide quand la nature, notre nature est faite de souplesse et d'adaptation. 

Autrefois, la nature régulait parce toutes les civilisations étaient fondées sur l'agriculture. A partir des XVIIe-  XVIIIe siècles et l'apparition de la notion de raison, l'humanité est passée brutalement d'un paradigme à l'autre et nous sommes encore sous ce choc.

L'homme cherche au cœur de la terre les métaux, le pétrole, le gaz pour entretenir la mécanisation par l'explosion et la combustion lui conférant ainsi une très grande efficacité. Nous sommes passés du cheval animal au cheval mécanique. Celui- ci  grise nos esprits parce que notre conscience n'a pas évolué au même rythme pendant que nous nous retrouvons avec des outils efficaces comme jamais dans notre histoire. 

Nous nous prétendons rationnels. Cependant, nous utilisons une tonne de voiture pour déplacer 60 kilos de personne, l'espace se disperse entre l'habitation, l'école, le travail, le ravitaillement, nous sommes devenus complètement dépendants du pétrole et de l'électricité dans une société où la voiture est indispensable. C'est complètement irrationnel car dans le principe même, ce fonctionnement n'est ni fiable, ni pérennisable. Nous sommes dans des aberrations, des contradictions totales.

Les bases de nos sociétés industrielles sont l'inventivité, le capital, la force de travail et le Tiers Monde. Ce dernier est spolié, exploité avec ce constat effrayant : les 4/5 des ressources de la planète sont utilisées par 1/5 de l'humanité.

Actuellement, le seul objectif est de produire de l'argent, tout est basé sur la seule finance. L'argent en soi n'est pas néfaste, il apporte un bien- être supplémentaire, il dynamise les échanges. L'aberration est que désormais l'argent ne sert plus qu'à produire de l'argent et le problème nait de ce capitalisme. Tout est détraqué et nous nous retrouvons dans l'anthropophagie par la compétivité et ne nous n'allons qu'à la violence, la multiplication des frontières, l'entretien de relations armées. Un Barack Obama par exemple laisse présager un humanisme en gestation, il semble être non plus dans l'affrontement mais dans une politique de la main tendue ( à suivre). 

Il s'agit désormais de revoir toute la sémantique en général, l'économie n'est pas l'argent par exemple, la carrière n'est pas la vie. Et que dire de la tragédie de la subordination de la femme dans l'humanité !? Il est urgent de sortir de la politique de la domination.

Le temps n'est pas de l'argent, c'est du temps humain, un temps donné à chacun d'entre nous pour évoluer entre notre naissance et notre mort. La notion de politique est également à revoir complètement. En écho à L'utopie de Thomas More, il est question de libérer l'esprit de la notion d'impossible parce que  l'utopie n'est pas la chimère. La science elle- même est coupée de son ressenti quand tous les plus grands scientifiques ont ouvert les voies en se fiant à leurs intuitions. Il s'agit de sortir du réalisme, du carcan pour croire en son rêve. 

Mettons les moyens financiers au service de la vie et non plus au service de la seule finance, sortons de l'aliénation de l'homme par le travail.

La notion de qualifications utiles à la société tronque complètement les dés; la philosophie, l'histoire par exemple n'y ont aucune valeur. La société pyramidale instaure le travail en institution et un partage non équitable. Il n'y a pas de problème à ce qu'un dirigeant gagne plus que ces ouvriers, il est question que tous les membres de la société puissent avoir une vie digne quelque soit leur place dans la pyramide et non l'accumulation uniquement pour certains.

  Il n'est nullement question d'économie dans le système actuel parce qu'où il y a déchets, il y a une société dispendieuse et non économie. La généralisation des incarnations dans des lieux fermés engendre l'aliénation, la multiplication des rebus matériels et pire encore, des rebus sociaux. Si on regarde la France, les aides de l'Etat ne sont que du secourisme social, aucun de ces aidés n'a les moyens d'assurer son existence. Imaginons que toutes les aides soient supprimées, que toutes les associations caritatives ferment, que reste t-il ? Une grande misère et cette incapacité à assurer son existence. Il est nécessaire que chacun devienne un acteur social et pour cela, l'homme doit être remis au cœur de la société. Toutes ces souffrances liées à l'indigence n'engendrent de toute façon que la révolte, inévitablement. 

Par ailleurs, une énorme crise alimentaire se prépare en raison de l'érosion des sols, les terres capables de nous nourrir se réduisent de plus en plus, l'air et l'eau sont pollués, 60% de la biodiversité domestique a disparu, le nombre des paysans ne cesse de se réduire dans une société urbanisée. La politique agricole file dans des impasses telles que les OGM, la chimie des engrais, les hybrides entrainant la stérilité des cultures et des grains, soumettant les paysans à la merci des grandes industries chimiques. Les marchés économiques sont générateurs de différences criantes. Aujourd'hui, le stock alimentaire mondial est très limité, moins d'un mois. Il n'y a de productions que pour des personnes solvables puisque tout est basé uniquement sur l'argent et les dominations se pérennisent par l'argent. S'y ajoutent les changements climatiques. La sécurité et la salubrité alimentaires sont des nécessités car désormais, la production humaine est inappropriée tant dans sa nature que sa qualité. 

Face à cette consommation inéquitable, s'oppose la sobriété heureuse. La seule question que nous avons à nous poser est :

« Qu'est- ce que j'ai coûté à la vie ? »

L'argent remplace la vie dans le système actuel, la richesse n'est basée que sur les PNB, PIB, nous sommes coupés de nos ressources. A côté de cela, 2 milliards d'êtres humaines manquent du nécessaire ; il y a urgence à résoudre les problèmes fondamentaux, structurels. L'humanité s'est campée dans l'égoïsme, la cruauté, le manque de générosité, elle est devenue inhumaine provoquant par là un mal être généralisé. Le travail a un sens, être un travailleur non ; il s'agit de mettre en avant l'usage et non la valeur économique. 

Comment réorganiser notre société ? En changeant de paradigme, en la fondant sur le bonheur et la joie. Nous sommes génocidaires par anticipation dans la docilité alors que l'indignation est nécessaire, une indignation constructive, en gardant le contact avec la communauté humaine.

Le monde est hostile ; quand l'enfant vient au monde il est ouvert à toutes les possibilités et au fur et à mesure, devant la présentation anxiogène de son environnement, il se ferme et vit dans l'angoisse. Avec l''obligation de travailler pour réussir sa vie, ces agressions incessantes n'entraînent qu'angoisse, mal être et violence.

Nous prenons le risque de nous cloisonner dans une dictature de l'écologie. Avoir une voiture hybride, une maison éco biologique, manger bio etc. n'empêchent pas d'exploiter son voisin. Cette voie n'est pas une solution. 

Nous avons à reconstruire le monde en changeant les modes relationnels, la relation à soi, la relation à l'autre, la relation à la nature, prendre conscience, être au clair, évoluer dans un humanisme actif et éclairé. Dostoïevski a écrit « Et si la beauté pouvait sauver le monde ? », la clef est là : la beauté de la compassion, de la générosité, de l'amour. 


Quand il eut fini son exposé, le public resta sans voix et les questions sollicitées mirent du temps à venir parce que sa conception est aboutie, réfléchie. Tout était si limpide que mes questions sur la place des personnes incapables de travailler la terre n'avaient plus lieu d'être; dans une société fondée sur l'humain, nous n'avons même pas besoin de nous les poser. 

Je l'interrogeai néanmoins sur la viande citant Jean Ziegler ancien rapporteur de l'Onu sur la question de la faim (voir ici  en d'autres circonstances déjà évoqué : « Si nous devenions tous végétariens, plus personne sur terre n'aurait faim »). Forcément, la réponse était donnée dans les premières secondes : c'est la production industrielle hors sol de la viande à boucherie qui est un non- sens avec des animaux concentrés coupés de la nature et un standardisation dangereuse des espèces ; par ailleurs, multiplier les apports de protéines en consommant aussi des protéines végétales par exemple est une évidence. 

Ma question a amené une femme à intervenir non pour poser une question mais pour mettre en avant son végétarisme et en prôner les avantages. Le public a décroché devant cet exposé et Pierre Rabhi a simplement expliqué comment lui- même ne pouvait être végétarien, « Restons à l'écoute de notre corps, ce qui est bon pour l'un ne l'est pas un autre. » Forcément.

Quelqu'un l'interrogea sur la démographie galopante des humains, il expliqua qu'il ne prônait évidemment pas une prolifération sans limite puisque notre terre est limitée. La démographie, dit-il, est à prendre dans un système global où le partage et l'équité sont valeurs fondamentales; l'humanité doit rester dans la mesure de ses ressources. Il en profita pour noter qu'une agriculture écologique n'implique aucune dépense au départ permettant à tous de se nourrir avec des aliments biologiques.

Une femme exprima sa révolte face aux politiques, « Ne pourrions- nous pas les poursuivre en justice ? Que faire face à une telle corruption du système ? » Pierre Rabhi l'écouta et répondit posément sans colère ni vindication: « Madame, nous avons les politiques que nous méritons » . Il expliqua que là aussi, preuve était faite de la nécessité de refonder la société sur d'autres bases, la politique fonctionnant de paire avec les travers du système actuel.  

Une autre fit part de son désarroi, de son sentiment d'impuissance, de son isolement, du rejet qu'elle ressentait en raison de ses choix. Pierre Rabhi l'invita a continuer son chemin, à persévérer en fréquentant des lieux où elle trouvera certainement d'autres personnes dans la même démarche. Rappelant son association Colibris, il expliquait que petit à petit, les choses changent grâce à l'action de tous ceux qui se regroupent en réseau.

Quelques producteurs locaux firent part de leur engagement parfois payé au prix fort. Une femme de l'association organisatrice de la conférence intervint, la voix tremblante d'émotion pour dire l'espoir qu'elle mettait dans la jeunesse et de la nécessité d'informer et former. Les banques solidaires furent évoquées, l'invitation à consommer local maintes fois répétée.

Quelqu'un demanda ce qu'il pouvait faire à son niveau afin de ne plus contribuer à ce système caduque, Pierre Rabhi donna cette fulgurance : nous avons le devoir de désobéissance!

Cultiver son potager, quand c'et possible, est un acte de résistance, par exemple. Nous devons nous organiser quotidiennement pour ne plus être dépendants des multinationales contrôlant ce système anthropophage à deux vitesses, entre ceux qui travaillent à la sueur de leur front et ceux qui dépensent le fruit de ce travail. Ouvrir les consciences est une nécessité parce qu'il en va bêtement de la survie de notre espèce.

Le discours de Pierre Rahbi est cohérent, logique, il a réellement fait le tour de la question, étudié toutes les voies possibles ce que j'espère avoir transmis dans ces notes. Je lui suis reconnaissante d'exister, je lui suis reconnaissante de montrer qu'il est possible de vivre en intelligence ensemble, sur cette planète minuscule dont trop d'hommes se croient les propriétaires, je lui suis reconnaissante de tisser des liens entre tous ceux qui s'interrogent sur notre place et se sentent trop souvent désemparés et seuls devant l'immensité de la vanité humaine.

Cette rencontre n'a fait que me conforter dans des choix humains et essentiels. Je sais que je ne suis pas une folle chimérique, preuve en est faite,  je suis une utopiste à la conscience en marche œuvrant pour la communauté humaine en son ensemble.  Qu'est- ce que je suis fière de moi ! 

Et vous qui suivez mes réflexions, vous pouvez l'être aussi parce qu'il faut s'accrocher, hihi.

 

 

Published by fée des agrumes - dans Engagements et réflexions
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commentaires

Abellion 11/07/2009 18:07

Je connaissais déjà un peu P. Rabhi, mais vous nous offrez une belle opportunité de découvrir sa pensée. Je suis admiratif devant de telles perspectives, qui tentent de prendre en compte à la fois l'existence individuelle et la société, la morale et la politique dans un tout, sans sacrifier ni les droits de la conscience, ni la nécessité de réformer le monde. Je vais sans doute relire ce texte pour en tirer toute la substantifique moëlle ! J'ai aussi bien aimé la question-réponse sur le végétarisme : j'avoue que j'approuve sa position, pour le moment, oui à l'élevage, mais non à l'élevage industriel.  Merci encore pour ces réflexions profondes ! Quand je reviens chez vous, je ne suis jamais déçu !

fée des agrumes 11/07/2009 21:15



Le travail sur le fond et la forme est certain, je ne saurais me contenter de superficialité.
Ce n'est pas la route vers la notoriété, certes; au moins, cela me "protège" quelque peu des esprits chagrin.
Il y a de nombreuses vidéos de Pierre Rabhi sur le net, à regarder sans modération! Ce monsieur a fait le tour de la question dans sa globalité et qu'est- ce que ça soulage de le savoir là et
entendu par d'autres!



coq 02/07/2009 14:32

Eh ben j'arrive à suivre tes réflexions sans problème, alors je suis fière de moi ! Je suis à 100% d'accord avec lui, en tout cas... J'aimerais que ce monde soit rempli de Pierres Rabhis! (et de Fées, et de Marievs, et de Coqs, et de Pandas, et de, et de... bon en fait ça va, le monde n'est pas si désespéré que ça, il y a pas mal de personnes biens!)

fée des agrumes 03/07/2009 22:37



Ben oui! Et pi, nous rencontrons les personnes en reflet de soi!
Si l'intérieur est authentique et sincère, l'entourage l'est aussi.
Il n'y a pas de hasard, il n'y a que des rencontres.. n'est- ce pas?



Annie 02/07/2009 08:48

A partir de "quelques notes" quel magistral compte-rendu!Outre les aspects matériels de l'exposé et des réponses, je retiens les mots générosité, compassion, amour. En effet c'est à partir d'un état d'esprit différent que nous changerons le monde, non à partir d'actes: les actes découlent directement de ce que nous sommes à l'intérieur, pas l'inverse. Dans les sociétés où chacun est joyeux, sans ressenti de manque en quoi que ce soit, en harmonie, relié aux autres, tout se passe bien. Il y en a peu ou elles ont disparu, et nous les appelons des primitifs.Bonne journée!

fée des agrumes 02/07/2009 13:42



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