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5 février 2016 5 05 /02 /février /2016 17:53

Nous nous sommes rencontrées grâce au blog, la maladie commune nous réunissant et nous sommes devenues amies car nous nous apprécions pour nos autres caractères. Apprenant les mésaventures d’intrusion dans l’appartement avec vol d’argent, elle proposa de venir avec son père bricoleur afin qu’il regardât ce qu’il en est de la porte et de la serrure; j’acceptai avec joie car j’étais enchantée de les revoir. Ils habitent assez loin et pour elle, il est compliqué de se déplacer vu que la maladie de Devic l’a grandement handicapée: elle est en fauteuil roulant et ses mains ne lui répondent plus tout à fait. L’accessibilité lui est donc absolument nécessaire. En l’occurrence, chez moi, habitation officiellement accessible aux personnes à mobilité réduite, nous savons qu’elle a besoin d’aide pour ouvrir les portes, passer le seuil de l’appartement en raison d’une petite plate- forme insurmontable pour qui ne peut forcer sur son fauteuil, que la terrasse lui est inaccessible également pour la même raison et que si sur les plans, il y a partout la rotation du fauteuil roulant, une fois le mobilier mis en place, elle devient difficile, du moins acrobatique. Nous nous sommes dit que dans la cadre de cette visite, cela valait le coup d’essayer et avec l’aide de mon fiston, nous avions dégagé tous les passages et les accès au mieux des possibilités d’un petit appartement bien rempli, avant leur arrivée.

D’emblée, le passage des portes d’entrée du bâtiment et de l’appartement nécessita de l’aide, nous le savions, entrer dans l’appartement exigea également des manoeuvres complexes vu la configuration des lieux: passer le seuil, avancer bien loin dans le couloir pour pouvoir fermer la porte d’entrée derrière afin d’envisager l’accès dans le séjour, alterner marche avant et marche arrière au gré des circonstances. De longues minutes à trois, en concertation.

Son père se mit à la tâche et nous discutâmes vivement, joyeusement dans le séjour. Elle goûta avec plaisir mon gâteau et déclina, me semble t- il à boire vu que sa vessie est capricieuse aussi, je ne sais plus. Rapidement, elle demanda à aller aux toilettes, histoire de ne plus y penser. Accès méticuleux pour commencer, absurdité des trois portes qui s’entre- choquent à cet endroit. Au bout du compte, elle parvint à rentrer dans le cabinet avec un peu d’aide sans toutefois pouvoir fermer la porte. Je restai quelques minutes derrière, soucieuse; elle dit que tout allait bien et je retournai à quelque menue occupation, peu rassurée. Tout à coup, nous entendîmes un appel à l’aide: “ Au secours, je vais tomber!!”. Immédiatement, son père et moi nous précipitâmes pour intervenir; nous la trouvâmes au sol, les jambes enchevêtrées, elle avait glissé entre le fauteuil et la cuvette. Je me mis à bouillir à l’intérieur et pestai contre cette soit- disant accessibilité largement affichée et que je critique depuis le début de mon installation en ces lieux dans une indifférence totale ( voir les articles Habiter ici et là). Il essaya de la soulever pour la remettre sur un siège quelconque, rien n’y faisait. Je réfléchissais à des aides- supports sur lesquelles elle pourrait se glisser afin de monter au fur et à mesure jusqu’à une hauteur suffisante et atteindre au moins un siège. Elle préconisa d’appeler les pompiers. Je m’exécutai dans la seconde et après une attente de longues minutes, ils arrivèrent. Ma chère amie avait heureusement réussi à remettre ses jambes en place, sans contorsion dangereuse et ne s’était pas non plus abîmé quoi que ce fut. Le minimum. Trois pompiers arrivèrent avec du bardas et à deux, ils la mirent sur la cuvette car forcément, elle n’avait pas eu le temps de se soulager. Comme ils attendaient derrière la porte de la passer au fauteuil, elle resta bloquée et rien ne sortit. Elle se fit remettre au fauteuil, la vessie pleine. Paperasse et partage de quelques informations. Les pompiers expliquèrent que dans ce cas, ce n’est pas à eux d’intervenir, il y avait eu un cafouillage au niveau des transmissions.

Dans ces conditions, la visite s’écourta. Le souci de porte n’avait pas été réglé: une des vis à tête abîmée s'avéra impossible à mobiliser et le système à trois points fonctionnait en mode capricieux anarchique sans en trouver l’explication puisque de toute façon, le système interne restait inaccessible. Si mon amie était très calme et répétait que tout allait bien pour elle, “J’ai l’habitude”, j’étais furieuse et pestai contre l’absurdité et l‘hypocrisie de de cette prétendue accessibilité. Mes pensées bouillonnaient et je regrettai de n’avoir pu filmer l’événement, d’avoir une preuve certifiant l’inaccessibilité notoire des lieux sur un quelconque justificatif. J'étais certes reconnaissante qu’il ne lui soit rien cassé ou tordu mais tellement triste que notre entrevue ait été ainsi contrariée et inévitablement, toute autre difficilement envisageable vu les circonstances. Et je passe la thématique de la réalité de la vie avec le handicap dans cette société hypocrite.

Le jour même, je racontai l’épisode à une réunion, l’une proposa de passer par la presse pour faire entendre nos voix. Je m’interrogeai intérieurement sur l’intérêt et la portée véritable d’un tel coup d’éclat... s’il aboutissait seulement. J’avais une autre idée en tête.

Quand fiston rentra, il demanda des nouvelles de la visite vu qu’il apprécie également cette amie, je lui racontai l’épisode et évoquai cette proposition de passer par la presse qu’il approuva vivement. Je lui fis part de mes doutes et donnai alors mon idée: contacter l’APF, faire faire un test en conditions réelles avec un justificatif établi et certifié pour preuve des résultats que j’enverrai à l’organisme HLM bailleur et quiconque aurait à le savoir. Fiston me regarda les yeux grand ouverts et s’exclama:

- Ah ben dis- donc, toi quand tu veux quelque chose, ça y va! Tu peux être sacrément méchante!

- Non pas méchante, pertinente. Et je sais mettre le doigt là où ça fait mal.


Aujourd’hui, j’attends le déclic qui me fera appeler l’APF afin d’en discuter avec eux. Attendrai- je d’être en difficulté moi- même pour ruer dans les brancards? Je n’en sais absolument rien et je refuse de me lancer dans des films inutiles. J’observe les alentours, m’interroge sur le devenir de ma situation. Où je vis, se retrouver en fauteuil roulant conduirait à de grandes difficultés tant du point de vue de l’appartement que de l’accessibilité des environs, l’organisation de la vie. J’y pense et je passe à autre chose car je préfère alimenter des pensées d’avenir tranquille. IL n’empêche qu’à l’évocation de cet épisode, je sens la révolte et l’indignation remonter comme sur l’instant et je ne décolère pas devant le traitement fait à tous ceux qui ne rentrent pas dans les clous de cette foutue société schizophrène.

Published by fée des agrumes - dans Ubu - Kafka - Tartuffe et Cie
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