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26 mai 2015 2 26 /05 /mai /2015 20:38

Souvent, je suis perdue, je ne comprends rien à ce qu'exprime mon corps. Là, depuis quelques semaines, c'est du grand n'importe quoi.

Je remarquai d'abord que j'avais quelques difficultés à rentrer dans mes pantalons habituellement confortables, surprenant changement quand depuis des années, je m'y voyais flotter au point d'envisager la taille en dessous. Je me pesais: deux kilos de pris, rien de vraiment probant à priori.

Cependant, au fur et à mesure des jours, je n'arrivais plus à fermer les ceintures de ces mêmes pantalons, uniquement en forçant. Mais que se passait-il donc? Je ne comprenais pas, je n'avais pas changé d'alimentation justifiant un élargissement conséquent ces dernières semaines, surtout pas avec ces deux petits kilos. Je me rassurai vaguement en constatant qu'après quelques heures, les textiles étirés, je me sentais à nouveau bien en dehors d'un léger serrement sur les hanches, la taille largement baillant, comme d'habitude ( je peux passer au moins deux mains entre mon ventre et la ceinture). Enthousiaste, j'observais que la partie supérieure de mon corps s'étoffait quant à mes yeux, la basse semblait immobile. « Chouette alors!, pensai- je, le corps se rééquilibre et quelques rondeurs en haut rendront la danse orientale plus gourmande» parce que franchement, la danse orientale par les maigres- minces, c'est de loin pas aussi joli que celle par les enrobées. J'y vis donc une vraie bonne nouvelle, le signe d'une amélioration de mon état de santé physique et mental.

Dans le magazine Causette d'octobre 2014, pages 42 à 44, je lus un article sur la représentation des femmes dans la publicité au Mali et y découvris un encart de photographies de femmes aux postérieurs énormes. C'étaient des publicités vantant les mérites d'un produit permettant un volumineux arrondissement. Dire qu'en Europe, il n'est question que de le réduire. Je me surpris dans les jours suivants à observer les derrières des femmes croisées au hasard. Majoritairement les Européennes n'ont pas de fesses rebondies, c'est encore plus flagrant chez les Asiatiques. En même temps, ma copine vénézuélienne noire de peau me racontait comment ses amis lui disaient qu'elle n'était pas une vraie noire vu qu'elle n'avait pas de derrière volumineux alors que ma sœur me dit que j'ai un vrai « cul de négresse», moi qui suis d'une blancheur de porcelaine.

Après deux ou trois deux semaines, par je ne sais par quel mystère, survint une puce à l'oreille: essayer les derniers pantalons fabriqués maison en morphologie adaptée... Et là, catastrophe! Deux récents peu ou pas portés ne s'enfilaient plus aisément, se révélèrent impossible à fermer. «Tout ce travail pour rien! » me dis- je attristée. Je me précipitai sur la balance, pas de changement, rien que ces deux kilos stables. Je courus alors vers le mètre de couturière et pris quelques mesures. Arrivée au tour de hanches, je n'en crus pas mes yeux, j'explosai tous les records. C'était tellement énorme que je m'y repris à plusieurs reprises: dans la soirée, dans la nuit, au matin, toute la journée. J'étais incrédule d'autant que je continue malgré ce record à rentrer dans des pantalon taille 40 ( pas des slims ou des raides, d'accord mais les autres oui).

Comment cela était- il arrivé? Le léger ralentissement d'activité des derniers mois pouvait- il justifier une telle explosion? Alors que mon alimentation n'a pas vraiment changé? Serait- ce lié à ce déséquilibre hormonal qui a déjà détraqué mon utérus provoquant anémie et manque de fer? Le corps exprimerait- il quelque chose de spécial façon Lise Bourbeau?

Le lendemain, j'étais abattue et démoralisée, complètement tiraillée entre mes envies de rondeurs et ce postérieur élargi en disproportion du reste. A table, fiston saisit mon état. Le plus naturellement, il me fit une leçon sur l'absurdité de mon inquiétude, que je n'étais pas grosse, que c'était n'importe quoi de s'en faire pour ça, s’exclama que j'avais à être contente, que c'était le signe que ma santé allait mieux,.

- Et de toute façon, tu as besoin de grossir un peu.

Il me toucha de sa sincérité spontanée mais cela ne me rassura pas sur mon énorme tour de hanche

- J'ai un gros cul…

- Tu racontes vraiment n'importe quoi! Tu n'es pas grosse, tu n'as pas de gros cul.

Au soir, je décidai de prendre quelques éléments en main dès le lendemain: éliminer les rares sucres rapides que je mange, contrôler les graisses et les sucres lents, augmenter protéines et légumes, s'atteler à cette foutue tâche consistant à diminuer ces largeurs tant appréciées en Afrique. Dans l'absurdité totale qui me sied tant quand je suis en mode moral- ras- les- chaussettes, je regardais les sites sur la chirurgie esthétique, les conseils de régime, d'activité physique, les crèmes, les plantes, les méthodes coûteuses d'amincissement sur cette zone, tous ces conseils à deux balles sur un phénomène naturel que seule une représentation chimérique de la femme dans nos sociétés qualifie de problème. Déprimant. Surtout qu'avec Devic, le sport n'est pas aisément accessible, l'alimentation un vrai casse -tête entre tous les conseils contradictoires lus, entendus, reçus de partout et nulle part. Galère. J'étais fatiguée d'avance de prendre la situation en main de manière drastique.

Au deuxième jour, dans l'après- midi, je me décidai à dépasser cette foutue fatigue, ces faiblesses musculaires ressenties parfois au quotidien, surtout dans la danse; remonta également, logiquement, ce vieil espoir de retrouver la course. Je me mis à sautiller dans l'appartement, trottiner à la moindre occasion, constatant que j'en étais capable. Je m'interrogeai sur ce qui était accessible avec mes particularités ( vessie capricieuse, repos soudain nécessaire, équilibre défaillant), le sport en extérieur se révélant problématique. J'optai donc pour la corde à sauter et les exercices façon zumba facilement accessibles sur la Toile… en plus de la danse orientale hebdomadaire et des marches à la moindre occasion. Le soir, fiston me surprit en plein exercice zumba- fitness, gesticulant dans le salon devant une vidéo en anglais où s'agitaient quatre ou cinq femmes athlétiques. « Non mais là, Maman ,faut que tu arrêtes ton délire!». Pourtant, une séance familiale de corde à sauter se programma avec ma sœur et ce même fiston réjoui de montrer les exercices appris auprès d’entraîneurs professionnels en boxe thaï venus au lycée qui avaient crevé tous les ado de la classe.

Au troisième jour, je commençais à réguler mon alimentation pour envisager la perte non de kilos mais bien de centimètres sur ces rondeurs basses… car il y a longtemps que j'affirme: « Si j'avais eu à la poitrine ce que j'ai aux hanches, ma vie aurait été complètement différente.». Fiston m'interpella souvent: « Accepte- toi donc comme tu es! Celui qui ne t'accepte pas comme ça n'a vraiment rien compris à la vie. Et de toute façon, le corps change tout le temps de zéro à quatre – vingt- dix ans, c'est pareil pour tout le monde». J'avoue, j'étais fière de l’entendre parler ainsi, naturellement et sincèrement tout en en ayant rien à faire, restant avec mes sentiments ambivalents. Comme il y revint spontanément plus tard alors que je n'en disais rien, insistant sur l'absurdité de vouloir maigrir, « Tu veux devenir anorexique ou quoi?! », je lui demandai s'il était inquiet. « Ben oui! Tu n'es pas grosse, tu veux ressembler à quoi?! Tu vas te rendre malade, c'est tout». Bon, il était temps d'expliquer: « Je ne veux pas maigrir, je veux perdre des centimètres à un endroit précis. Je l'ai déjà fait il y a une dizaine d'années avec une diététicienne. J'avais perdu seulement trois ou quatre kilos et trois tailles de pantalons. Je veux rééquilibrer mon corps, tu comprends, pas maigrir. Ce serait bien si on ne voyait plus les os sur la poitrine, non? Ce sont quels muscles là d'ailleurs? Et comment les étoffer?» Il parut rassuré et plus tard, il revint me dire que c'étaient les pectoraux, me montra les exercices à faire parce qu'il y avait réfléchi, lui qui avait travaillé en Unss la musculation avec un vrai entraînement sportif sérieux. Je lui racontai que mes abdominaux se portaient bien, la danse orientale mobilisant largement ces muscles, que par contre, mes cuisses avaient encore bien à récupérer des fontes dues à la paralysie des longs mois de crise Devic, que mes fessiers étaient bien rebondis, vivaces, que faire des pompes, c'était impossible pour moi. ,« N'importe quoi!, rétorqua t-il. Comme me le disait le prof de sport, ce n'est pas impossible, c'est juste une question d'adaptation, de temps et d’entraînement, tu es parfaitement capable de le faire.» Et toc! Dire que je répète à l'envi ce genre de phrases à mes élèves… Charité bien ordonnée commence par soi- même.

Plus tard, piquée par une autre mouche (fréquentes quand l'esprit chemine en sourdine et arrière- plan avec une foule de pensées et idées), je fis un test: sur un moteur de recherche, je rentrai « J'aime la culotte de cheval». Mise à part une petite intervention sur un forum d'une femme affirmant aimer ses rondeurs typiquement féminines, il n'y avait que des liens vers des sites à multiples conseils pour lutter contre ce « fléau», des kilomètres de témoignages tristes et désespérés de femmes en combat contre cette atroce difformité majoritairement indélogeable. Un échange notamment sur l'achat des jeans m'interpella, c'était un drame de s'habiller avec taille- jambes fines et hanches généreuses, une quête difficile, pénible que de trouver un pantalon mettable et confortable avec une telle morphologie.. Absurdité de cette production de masse sous prétexte de mode: ce n'est pas aux vêtements de s'adapter aux corps, non, ce sont les corps qui ont à se déformer pour entrer dans les vêtements… A quel prix?

Dans ma caboche, se bousculent des images venues d'ici, d'ailleurs, d'aujourd'hui, d'autres temps. Le corps y a tellement de représentations. Les prétendus idéaux sont aussi variables que les âges et les espaces, tout me paraît si irrationnel. Surtout, me reviennent constamment à l'esprit les mots de ce chorégraphe allemand entendu dans un documentaire consacré à la danse passé sur Arte il y a quelques mois. Il y avait eu trois thèmes: le pied, la nudité et les corps différents. Ce chorégraphe était dans le dernier car bossu, petit, difforme. Il avait eu cette terrible remarque cinglante: « Finalement Hitler aura gagné sur ce plan: aujourd'hui, c'est son idéal de corps athlétique qui l'emporte.»

Dans ce questionnement, me reviennent pareillement les cinq blessures d'âme énoncées par Lise Bourdeau. Notre morphologie serait révélatrice de l'une d'elles. Si une thérapeute m'a dit un jour que je les cumulais toutes, mon corps exprimerait clairement la blessure de trahison. L'explosion des hanches ces dernières semaines en seraient- elles l'expression? Ras le bol de ces paroles et discours répétés avec force et conviction quand dans la réalité, les actes et gestes sont aux antipodes? « Oui, oui, promis! Je te rembourserai ton argent! » disent des proches réclamant de l'aide financière parce que leur situation matérielle les met en danger régulièrement, « Promis! Je ne recommencerai plus! » jure tel autre après des actes me mettant en difficulté, «Nous sommes droits, honnêtes, ouverts d'esprit, tolérants» répétaient ceux- là concrètement xénophobes, sectaires, médisant, « J'ai foi en des valeurs chrétiennes» affirme un tel alors qu'il n'est pas foutu de s'occuper de ses parents, encore moins d'autrui, ne se souciant que de lui- même, ce prétendu philosophe brassant mille et une grandes idées d'éternité, d'humanité, de création, de sagesse alors que son quotidien est une quête narcissique, rempli d'un égo surdimensionné terrifié à l’idée de sa finitude, sa disparition, son oubli, et que dire des « Je t'aime» de celui qui devint violent, de celui qui se révéla maltraitant par incapacité à ne serait- ce qu'entendre mes besoins vitaux ou cet autre disparu à la première occasion après des paroles émerveillées? Si je me crois en bon chemin sur ces voies périlleuses grâce à la psychanalyse, la communication bienveillante, force est de constater que d'après Lise Bourbeau, mon corps, lui, est loin de s'y retrouver.

Enfin, avec Devic et ces terribles épreuves qui furent les miennes, j'ai un rapport différent au corps. Je tâche de l'écouter, d'en prendre soin, de le respecter, même s'il reste pour moi une sorte d'animal sauvage inapprivoisable dont les réactions m'échappent complètement. Ce corps dont je parle, c'est celui qui vit, s'active, se détruit, se régénère, se construit en dehors de tout contrôle par la volonté, la pensée. Le rapport au corps morphologique reste quant à lui totalement ambivalent. Certes, je redresse mes dents grâce à la dentosophie, je m'habille joliment, je me coiffe, je travaille la grâce avec la danse, je tâche de lui trouver un équilibre mais je n'aime pas bien de mes apparences physiques… et la largeur de hanches disproportionnée est particulièrement sujette à ce désamour. J'ai beau réfléchir et trouver tous les arguments à la vacuité des représentations d'idéal physique, remarquer le goût de beaucoup pour ces rondeurs féminines, mesurer l'affection qui m'est portée pour ce que je suis, je traîne toujours et encore un reliquat de désamour de l'enfance qui s'est fixé sur et dans ma morphologie.

Quoi qu'il en soit, le corps porte notre histoire. Déjà par le hasard de la génétique et des combinaisons de nos gênes au moment de notre conception, ensuite par les circonstances de sa prise en charge par la culture et l'éducation ( alimentation, activités physiques, culturelles, intellectuelles), le transfert de nos proches, le regard de la société dans laquelle nous évoluons, nos interactions avec autrui, les gestes et postures captés tout au long de la vie, nos maladies, accidents, efforts, paresses, faiblesses et forces, l'environnement, notre époque, …

Si l'approche de Lise Bourbeau me laisse sceptique, il n'empêche que oui, indubitablement, le corps parle. Dans tellement de langues, que c'en est vraiment, vraiment compliqué.

Et je ne comprends pas grand chose au mien bien qu'il me permette d'aller toujours plus loin vers ces mystères.

 Que faire alors?

Vivre en harmonie avec ce qui est juste pour soi.

Si j'ai envie de remettre mes pantalons d'avant, de rééquilibrer mes largeurs, j'envoie ce message à mon corps par la pensée, l'alimentation, l'activité physique et mets en œuvre ce qui me convient pour parvenir à la perte de ces centimètres embarrassants. Si j'ai envie de courir à nouveau, de danser sans peiner quand il s'agit de remonter du sol à l'aide des cuisses, je vais continuer mes activités voire les augmenter. Je fais également le choix des traitements médicamenteux, des thérapeutiques. S'appliquer une hygiène de vie, un régime, une activité physique n'a de sens que si cela est pris en conscience, avec clarté vis- à- vis de soi et non parce qu'il y a un sentiment d'obligation envers quelques autres personnes ou idéologies. De même, si les théories de Lise Bourbeau ont quelque pertinence, que ces hanches larges sont le signes de blessures de trahison, d'un désamour ancien, ou d'autres travers, j'agis sur ce qui est à ma portée aujourd'hui. En mettant de l'attention et de la bienveillance à mes actes, je baigne mon corps dans une énergie particulière. Il réagira et répondra, à moi de m'y adapter ensuite. Comme avec notre inconscient, nous n'en avons jamais fini avec notre corps. De zéro à quatre- vingt- dix ans ( voire plus), il change... et nous parle. Il ne se taira que quand il aura complètement rendu à l’univers ces atomes qui nous ont été prêtés pendant nos éphémères années de vie.

Passés tous ces blablas, il me reste maintenant à voir ce que je vais faire sur la durée: résister aux tentations alimentaires, aux courbatures, à la paresse, aux jugements que je suis parfaitement capable de m'infliger ou que d'autres pourraient tout aussi facilement lâcher, accepter ou non l'évolution du corps, les messages qu'il me lancera, inévitablement. Cela promet.

 

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